Affichage des articles dont le libellé est 4/5 - Un bon moment. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 4/5 - Un bon moment. Afficher tous les articles

26 juin 2022

Jules & Sarah - Le fantôme de l'antarctique - Grégoire Vallancien

 

Jules et Sarah sont invités sur un navire océanographique pour une mission en Antarctique, lorsque des évènements étranges se produisent à bord. Qui peut voler le plus gros diamant du monde sur un bateau isolé sans ne jamais croiser personne ? Qui peut prendre en otage la moitié de l’équipage et abandonner l‘autre sur la banquise ? Qui à part un fantôme? Seulement voilà, Jules et Sarah ne croient pas aux fantômes!

*****

1er billet de Chloé (11 ans).

Le fantôme de l’arctique est un roman à suspense.

Deux enfants, Jules et Sarah, sont à bord d’un navire océanographique en mission au pôle sud (la Stella Polaris nom du bateau). Tôt dans le livre, l’aventure commence quand un certain professeur Arnoglosse doit au plus vite rapporter une mystérieuse cargaison en France. On apprend peu après que cette mystérieuse cargaison est en réalité, sans doute LE plus gros diamant du monde. Mais, un jour, le diamant se fait voler. Qui a volé le diamant ?

Plus tard, Jules, Sarah, le commandant et deux autres passagers de la Stella, Andréa et Edgar, partent recenser les manchots. Quand ils reviennent, le bateau a disparu. En longeant la côte, Jules et Sarah finissent par le retrouver. Mais quand ils remontent à bord du bateau, personne ne pointe son nez. Ils cherchent les autres qu’ils trouvent dans la chambre froide. Jules et Sarah partent enquêter pour découvrir ce qui est arrivé au bateau et qui a enfermé l'équipage.

J’ai aimé l’histoire, l'enquête, le suspense, l'aventure. Les relations frère et sœur (Jules et Sarah) étaient amusantes à cause de leurs petites disputes. J'ai bien aimé le carnet qui explique comment est le bateau, où il se trouve et quels animaux il croise. L’interview d'un (vrai) technicien sur la base Dumont-d'Urville était aussi très intéressante. Les blogs écrits par Jules et Sarah ont permis de raconter l'histoire différemment.

Ce livre m’a un peu fait penser à un Jules Verne (Le sphinx des Glaces particulièrement) à cause de l'aventure, du lieu où se déroule l'histoire, la mer, les glaces... La seule chose que j’ai moins aimée, c’est la typographie. Je n’étais pas très à l’aise avec les espaces entre les lettres, plus grand que dans les livres que je lis habituellement.

Merci à Babelio et aux éditions ZTL que je découvre pour l'occasion : une maison d'édition ligérienne, implantée à quelques kilomètres de chez moi. ZTL édite des livres "adaptés aux personnes dyslexiques, allophones, ayant des troubles de l’attention (TDA/H) ou encore aux primolecteurs qui pourraient avoir besoin d’un petit coup de pouce pour voyager entre les pages en toute sérénité."

Jules & Sarah - Le fantôme de l'antarctique - Grégoire Vallancien

Edition ZTL - 5 novembre 2021 - 256 pages




22 février 2022

Changer : méthode - Edouard Louis

   

" Une question s'est imposée au centre de ma vie, elle a concentré toutes mes réflexions, occupé tous les moments où j'étais seul avec moi-même : comment est-ce que je pouvais prendre ma revanche sur mon passé, par quels moyens ? J'essayais tout. " E.L.

*****

Après ma découverte d'Edouard Louis avec son premier récit autobiographique En finir avec Eddy Bellegueule, j'ai voulu poursuivre ma rencontre avec celui qui était devenu Edouard Louis. Dans son dernier récit autobiographique, l'auteur nous offre une méthode de transformation. Chapitre après chapitre, étape après étape, il témoigne de sa transformation, de son arrachement à son ancienne vie et des efforts qu'il a dû fournir pour s'enraciner dans la nouvelle personne qu'il souhaitait devenir.

19 février 2022

Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin ! - Eliane Viennot

   

Le long effort des grammairiens et des académiciens pour masculiniser le français a suscité de vives résistances chez celles et ceux qui, longtemps, ont parlé et écrit cette langue sans appliquer des règles contraires à sa logique. La domination du genre masculin sur le genre féminin initiée au XVIIe siècle ne s’est en effet imposée qu’à la fin du XIXe avec l’instruction obligatoire. Depuis, des générations d’écolières et d’écoliers répètent inlassablement que « le masculin l’emporte sur le féminin », se préparant ainsi à occuper des places différentes et hiérarchisées dans la société.
Ce livre retrace l’histoire d’une entreprise à la misogynie affirmée ou honteuse, selon les époques. Riche en exemples empruntés aux deux camps, il nous convie à un parcours plein de surprises où l’on en apprend de belles sur la « virilisation » des noms de métier, sur les usages qui prévalaient en matière d’accords, sur l’utilisation des pronoms ou sur les opérations « trans-genre » subies par certains mots.

*****

Une lecture en entraînant une autre... c'est le dernier ouvrage de Titiou Lecoq, Les Grandes oubliées, qui m'a conduite vers les livres d'Eliane Viennot, professeure émérite de littérature française de la Renaissance et membre de l'institut universitaire de France. Titiou Lecoq, et aussi la petite chronique de Laélia Veron dédiée à l'Académie française entendue pendant les vacances sur France Inter. Un second livre d'Eliane Viennot m'attend d'ailleurs dans ma bibliothèque, L'Académie contre la langue française. Sur ce sujet, je vous invite d'ailleurs à écouter une vidéo du site Linguisticae dédiée à l'Académie... exaspérant !

08 janvier 2022

Ultramarins - Mariette Navarro

    

Ils commencent par là. Par la suspension. Ils mettent, pour la toute première fois, les deux pieds dans l’océan. Ils s'y glissent. A des milliers de kilomètres de toute plage. A bord d’un cargo de marchandises qui traverse l’Atlantique, l'équipage décide un jour, d’un commun accord, de s’offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses. De cette baignade, à laquelle seule la commandante ne participe pas, naît un vertige qui contamine la suite du voyage. Le bateau n'est-il pas en train de prendre son indépendance ? Ultramarins sacre l'irruption du mystère dans la routine et l'ivresse de la dérive.

*****

Mariette Navarro est une dramaturge et poétesse française qui a travaillé avec plusieurs compagnies et théâtres et publié plusieurs pièces. Avec Ultramarins, son premier roman, elle nous entraîne dans un univers saisissant, envoutant et poétique.

21 décembre 2021

La femme gelée - Annie Ernaux

    
  
Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition "normale" d'une femme.

*****

Il m'a fallu beaucoup de temps pour en venir à lire Annie Ernaux. Et pourtant mes lectures tournant autour du thème de la condition des femmes m'y ont souvent renvoyé. J'ai commencé avec La femme gelée qu'il m'a pourtant fallu longtemps à apprivoiser. J'ai relu les premières pages de nombreuses fois pendant 2 ou 3 semaines... avant de finir par abandonner.

19 décembre 2021

Se ressaisir : enquête autobiographique d'une transfuge de classe féministe - Rose-Marie Lagrave

   

Du genre autobiographique, on connaissait les récits sans enquête et les ego-histoires de « grands hommes » ; dans les sciences sociales, les enquêtes sur des proches tenus à distance par l’effacement de soi. Renouant avec l’ambition d’une sociologie sensible et réflexive, Rose-Marie Lagrave propose un nouveau type de socioanalyse : l’enquête autobiographique. Ressaisissant son parcours en sociologue et en féministe, elle remet en cause les récits dominants sur la méritocratie, les stéréotypes associés aux transfuges de classe, le mythe d’un « ascenseur social » décollant par la grâce de talents ou de dons exceptionnels. Cet ouvrage retrace une migration sociale faite de multiples aléas et bifurcations, où domination de classe et domination de genre s’entremêlent : le parcours d’une fille de famille nombreuse, enracinée en milieu rural, que rien ne prédestinait à s’asseoir sur les bancs de la Sorbonne puis à devenir directrice d’études à l’EHESS, où elle croise notamment les chemins de Michelle Perrot, Françoise Héritier, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Mobilisant un vaste corpus théorique et littéraire, Rose-Marie Lagrave ouvre sa malle à archives et la boîte à souvenirs. De ses expériences de boursière à ses engagements au MLF et sa pratique du métier de sociologue, elle exhume et interroge les traces des rencontres qui l’ont construite. Parvenue à l’heure des bilans, cette passeuse de frontières et de savoirs questionne avec la même ténacité la vieillesse et la mort. Contre les injonctions de « réussir » et de « rester soi », ce livre invite à imaginer de nouvelles formes d’émancipation par la socioanalyse : se ressaisir, c’est acquérir un pouvoir d’agir, commun aux transfuges de classe et aux féministes, permettant de critiquer les hiérarchies sociales et de les transgresser.

*****

C'est, je crois, mon billet sur le texte de Didier Eribon, Retour à Metz, ainsi qu'un article dans Politis, qui ont donné l'idée à mes parents de m'offrir le récit autobiographique de Rose-Marie Lagrave, ancienne directrice d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.

12 décembre 2021

En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis

   
 
En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

*****

"De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître."

Cela faisait un moment que je voulais découvrir ce récit d'Edouard Louis / Eddy Bellegueule, sans jamais ni acheter le livre, ni l'emprunter. Et puis j'ai lu Retour à Reims, de Didier Eribon qui a été pour moi un vrai coup de cœur. Impossible après ça de ne pas me plonger dans ce très perturbant récit autobiographique.

28 novembre 2021

Le festin des hyènes - Fabienne Juhel


Comme chaque matin depuis que la Terre supporte ce vieux continent noir de soleil, balafré de pistes poussiéreuses et bordées d'épineux, les femmes sont de corvée d'eau. Elia avec les autres, elle qui voudrait aller à l'école comme ses frères. Mais ce jour- là, les singes hurleurs, les barbicans et les pygargues vocifères accompagnent ses premiers pas hors du village, couvrant de leurs cris la musique creuse des bidons accrochés aux flancs de l'âne. Elia n'y prête pas attention. Peut-être devrait-elle. Peut-être leur ramage veut-il la mettre en garde. Car depuis que son premier sang menstruel a coulé, à son insu son sort en a été jeté. Elle sera, Elia, soumise au Kusasa fumbi, ce rite sexuel selon lequel les vierges sont déflorées par des hommes que l'on appelle les hyènes. Après La Chaise numéro 14, avec ce roman situé au Malawi, Fabienne Juhel interroge une nouvelle fois les rapports de force au sein d'une communauté et la figure du paria. Mais elle fait vivre aussi par la force de sa poétique si singulière un territoire riche d'espèces panchroniques, où l'homme n'est jamais bien loin de ses prédateurs, le monde même où s'est forgée l'humanité.

*****

17 novembre 2021

Tocqueville, vers un nouveau monde - Kévin Bazot

  

Eté 1831. Alexis de Tocqueville et Gustave de Beaumont, deux aristocrates français en visite aux Etats-Unis, entreprennent un voyage au cœur de la région des Grands Lacs, en quête de l'extrême limite de la civilisation occidentale. Entre le peuple indien en voie de disparition et l'avancée de l'homme blanc à travers le Nouveau Monde, des forêts sauvages à l'urbanisation intense, ils nous dressent au fil de leur parcours un portrait de l'Amérique des pionniers. Bien connu pour son ouvrage de philosophie politique De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville apparaît dans ce récit (inspiré de son propre carnet de voyage) comme un jeune homme idéaliste, en quête d'infini et de nature vierge, comme si le héros d'Into the wild vivait les aventures du Dernier des Mohicans.

03 novembre 2021

Shiloh - Shelby Foote

   

Immense romancier américain, dans la lignée de William Faulkner, Shelby Foote est un auteur encore assez méconnu en France. Un de ses livres les plus importants en Amérique s'appelle «Shiloh», épopée miniature qui raconte la guerre de Sécession en 200 pages à travers la voix de soldats ou lieutenants des deux camps. Chaque chapitre est ciselé à la perfection, explorant la nature humaine, l'absurdité des combats, l'étrange ivresse de la cause et la détresse inévitable devant le spectacle de la violence et la mort. Tous les paradoxes à l'œuvre dans une guerre. On pense à James Lee Burke, à William March... «Shiloh» est traduit pour la première fois en français.

31 octobre 2021

Cinq semaines en ballon - Jules Verne

     

Tenter de traverser l'Afrique d'est en ouest par la voie des airs, prétendre survoler dans sa plus grande largeur le dangereux continent noir à bord d'une fragile nacelle livrée à tous les caprices des vents, c'était, au temps de Jules Verne, une entreprise d'une audace incroyable. Comme on peut s'y attendre, les cinq semaines qu'il faudra au docteur Fergusson et à ses deux compagnons pour y parvenir seront pleines d'imprévu et de péripéties.
Ce roman passionnera ceux qui s'intéressent aux débuts de l'aéronautique et, en général, tous ceux qui aiment l'humour et la verve des "Voyages extraordinaires" dont Cinq Semaines en ballon ouvrait la série. Paru en décembre 1862, il eut un succès foudroyant, en France, d'abord, puis dans le monde.

27 août 2021

Le sphinx des glaces - Jules Verne

    

Jeorling attend avec impatience la goélette l'Halbrane dont on lui a vanté les qualités et surtout celles du capitaine, Len Guy. Il a en effet décidé de rentrer chez lui, au Connecticut, après des mois passés aux îles de la Désolation. L'Halbrane arrive enfin... mais le capitaine Len Guy commence par refuser tout net de le prendre comme passager, puis, brusquement, la veille du départ, il change d'avis ! A bord, Len Guy finit par dévoiler à Jeorling les raisons de son revirement : c'est parce qu'il est américain, du Connecticut, et qu'ainsi il est possible qu'il ait connu la famille d'Arthur Gordon Pym... Arthur Gordon Pym ! le héros dont Edgar Poe a raconté les surprenantes aventures à travers la mer Antarctique ! Jeorling croit rêver... Le roman d'Edgar Poe pourrait-il être autre chose qu'une fiction, une œuvre d'imagination du plus prodigieux des écrivains américains ? Les événements qui surviennent alors vont démontrer à Jeorling que le capitaine Len Guy a bien tout son bon sens, et l'entraîner dans les plus merveilleuses et terribles aventures...
Le Sphinx des glaces, suite inattendue des Aventures d'Arthur Gordon Pym, est l'un des derniers grands romans de Jules Verne.

*****

22 août 2021

Du miel sous les galettes - Roukiata Ouedraogo

   

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère. Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère. Cette femme, grande et belle, un « roc » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes.

23 mai 2021

Le coût de la vie - Deborah Levy

   

Un divorce forcément douloureux, une grande maison victorienne troquée contre un appartement en haut d’une colline dans le nord de Londres, deux filles à élever et des factures qui s’accumulent… Deborah Levy a cinquante ans quand elle décide de tout reconstruire, avec pour tout bagage, un vélo électrique et une plume d’écrivain. L’occasion pour elle de revenir sur le drame pourtant banal d’une femme qui s’est jetée à corps perdu dans la quête du foyer parfait, un univers qui s’est révélé répondre aux besoins de tous sauf d’elle-même. cette histoire ne lui appartient pas à elle seule, c’est l’histoire de chaque femme confrontée à l’impasse d’une existence gouvernée par les normes et la violence sournoise de la société, en somme de toute femme en quête d’une vie à soi.
Ce livre éblouissant d’intelligence et de clarté, d’esprit et d’humour, pas tant récit que manifeste, ouvre un espace où le passé et le présent coexistent et résonnent dans le fracas incessant d’une destinée. Le Coût de la vie tente de répondre à cette question : que cela signifie-t-il pour une femme de vivre avec des valeurs, avec sens, avec liberté, avec plaisir, avec désir ? La liberté n’est jamais gratuite et quiconque a dû se battre pour être libre en connaît le coût. Marguerite Duras nous dit qu’une écrivaine doit être plus forte que ce qu’elle écrit. Deborah Levy offre en partage cette expérience.

10 mai 2021

Rassemblez-vous en mon nom - Maya Angelou

   

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté. Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

19 février 2021

Chavirer - Lola Lafon

  


1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes.
2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation. Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable.
Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent.
Revisitant les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs.

13 février 2021

Ce qu'il faut de nuit - Laurent Petitmangin

    


C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent, et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l'importance à leurs yeux, ceux qu'ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d'hommes en devenir.

25 janvier 2021

Kilomètre zéro - Maud Ankaoua

     

Maëlle, directrice financière d'une start-up en pleine expansion, vit le rythme effréné de ses journées ; sa vie se résume au travail, au luxe et à sa salle de sport. Ses rêves... quels rêves ? Cette vie bien rodée ne lui en laisse pas la place jusqu'au jour où sa meilleure amie, Romane, lui demande un immense service. Question de vie ou de mort. Maëlle, sceptique, accepte la mission malgré elle. Elle rejoint le Népal, où l'ascension des Annapurnas sera un véritable parcours initiatique. Quand la jeune femme prend conscience que la réalité n'est peut-être pas celle que l'on a toujours voulu lui faire croire... c'est sa propre quête qui commence. C'est au cours d'expériences et de rencontres bouleversantes que Maëlle va apprendre les secrets du bonheur profond et transformer sa vie. Mais réussira-t-elle à sauver son amie ?

*****

J'ai lu ce livre tout à fait par hasard... ou peut-être pas. Il m'a été prêté pendant les fêtes de Noël : la couverture m'attirait, la 4ème de couverture un peu moins. Je pensais découvrir le récit d'une aventure de haute montagne, il s'agissait plutôt d'un roman "Feel Good" dans la veine des méthodes de développement personnel. Heureusement, le challenge Feel Good de Soukee m'a permis de le lire beaucoup plus tôt que prévu : sans ce nouveau rendez-vous, le roman serait certainement resté un bon moment dans ma Pile à Lire, avec tous les autres.

Pour commencer, autant le dire tout de suite, ce roman n'est pas d'un grand intérêt littéraire. Il se lit facilement mais reste d'une qualité littéraire modeste. L'histoire en tant que telle est superficielle et parfois caricaturale. J'ai aussi regretté de n'avoir pas été plus imprégnée par l'environnement, le Népal, un univers qui me fait rêver. Les rencontres de Maëlle sont elles, surréalistes, à croire que chacun dans ces montagnes du bout du monde est un maître à penser, un gourou en puissance, empli d'une sagesse inaccessible pour nous, pauvres occidentaux stressés.

Mais n'en restons pas là, car ce n'est pas la raison d'être de ce récit. Plutôt que de nous proposer un énième guide de développement personnel, Maud Ankaoua nous propose un cheminement vers le bonheur et la sérénité. L'aventure de Maëlle est l'occasion de découvrir les étapes qui peuvent nous conduire vers la paix intérieure. Et c'est là la richesse du récit. Dans chaque chapitre, on déniche des conseils, mis en lumière par les émotions et ressentis de la jeune femme. Les personnes qu'elle croise au Népal, et particulièrement son guide, Shanti, lui ouvrent la voie d'une vie en pleine conscience et la réconcilient avec elle-même et les autres. Toutes ces personnes qui savent tout sur tout et passent leurs journées à donner des conseils m'ont exaspérée et l'incohérence du récit m'a parfois agacée. Mais je me suis concentrée sur les propositions du livre, sur les conseils et pistes d'évolution positive.

Chaque chapitre présente ses propres maximes et phrases inspirantes. En voici quelques exemples.

"Les seules vraies erreurs sont celles que nous commettons à répétition, les autres sont des occasions uniques d'apprentissage. Ne crains pas l'échec car il est le précurseur de la réussite."

"Le bonheur est un état d'esprit, il ne dépend pas de ce qui se passera plus tard ni d'un fait extérieur. Il commence ici et maintenant."

"L'autre est un miroir de nos propres fonctionnements et dysfonctionnements, il nous permet de révéler ce que nous avons cherché à enfouir ou à nier."

Après un passage un peu plus ésotérique et d'une rigueur scientifique discutable au cours duquel on apprend que l'eau serait sensible à la musique et à l'ambiance de son environnement et à nos émotions... (sans commentaires), on découvre avec Maëlle les secrets qu'elle est venue chercher. Ceux-ci s'approchent des accords toltèques que nous avions découverts en famille il y a quelques temps.

Tu n'es jamais victime du monde que tu vois = quoi qu'il arrive, n'en fait pas une affaire personnelle.

Arrêter toute supposition = ne fais pas de suppositions.

Arrêter de juger tout ce qui se produit et regarder le monde avec bienveillance = que ta parole soit impeccable.


Ainsi, faisant rapidement abstraction du style et des moments un peu surnaturels, j'ai pris grand plaisir à lire ce livre et, surtout, à réfléchir consciencieusement aux conseils prodigués par l'auteure. Ce texte nous invite à prendre du recul, à regarder le monde et les autres avec bienveillance, sans jugements ni interprétation. Il y a rien de nouveau, mais c'est une belle synthèse de diverses propositions ouvrant la voie à la sérénité et au bonheur.

Pour finir, une dernière citation qui m'a ouvert quelques portes et réflexions très enrichissantes :

Pour retrouver l'harmonie entre les êtres, il suffit d'accueillir l'autre comme un cadeau, il m'ouvre les portes de la compréhension en étant mon miroir. Il est le révélateur de ma conscience. Ce que je ne supporte pas chez les autres me renvoie à des problèmes non réglés.


Je vous invite à prendre pleinement le temps de lire ce roman et de bien intégrer les diverses propositions et le chemin que l'auteur nous propose. Pour ma part, j'ai pris tout un tas de notes vers lesquelles je reviendrai très certainement, quand je sentirai les choses m'échapper. Et comme le dit Shanti, ces manières d'être nécessitent un entraînement, comme pour un sportif, et ne s'acquièrent pas du jour au lendemain. Il y a donc de quoi espérer. Belle découverte !

Kilomètre zéro - Maud Ankaoua

Edition J'ai lu - octobre 2019 - 370 pages


Ma 9ème participation




19 décembre 2020

Mauvaises herbes - Dima Abdallah


Dehors, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l’heure « son géant ». La main accrochée à l’un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l’enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s’y est tôt habituée.
Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n’a rien de démesuré. Même s’il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel – qui a le tort de n’être d’aucune faction ni d’aucun parti – n’a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence.
L’année des douze ans de sa fille, la famille s’exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d’aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu’elle se garde bien d’arracher.
De sa bataille permanente avec la mémoire d’une enfance en ruine, l’auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l’on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

*****

On poursuit la découverte des premiers romans de la rentrée littéraire 2020 avec ce Mauvaises herbes de Dima Abdallah. Nouvelle histoire de famille après Le monde du vivant de Florent Marchet et Je suis la bête de Andrea Donaera, lus eux aussi en prévision du prochain rendez-vous du Club de lecteurs de la bibliothèque Libre cour, à Vertou.

Ce récit nous emmène au Liban, à Beyrouth, en pleine guerre civile au début des années 1980. Nous découvrons le lien inaltérable qui unit une petite fille à son père dans un monde qui tremble et qui s'effondre sous les bombes. Accrochée à la main de son père, à son doigt, l'enfant avance dans un monde qui n'est pas fait pour elle. Ni l'un ni l'autre n'ont leur place dans ce monde en guerre. Mais on sent qu'ils ne trouveraient pas non plus leur place ailleurs, dans un autre contexte. Tous deux sont de la "mauvaise herbe", de celles qui poussent tout simplement au mauvais endroit. La violence de la guerre fait germer une angoisse intense, qui se saisit du corps de l'enfant et qui transformera à jamais son existence. Le père, lui, veut rester ce géant indispensable à sa fille, celui qui protège et fait grandir. Sauf que lui non plus n'est pas adapté à ce monde, ni sans doute à aucun autre. Il se détruit petit à petit, n'étant plus d'aucun secours pour sa fille. Ni l'un ni l'autre ne savent parler, se parler. Ils gardent tout enfoui au plus profond d'eux, souriant pour donner le change. Pour faire comme si tout allait bien. Malgré cette descente aux enfers, tous deux resteront liés à jamais, même quand la fillette quittera le Liban avec sa mère, pour rejoindre la France, l'année de ses douze ans. Par delà la Méditerranée, le lien qui unit l'enfant à son père restera solide, indestructible et destructeur.




J'ai aimé ce récit d'un attachement à la fois merveilleux et destructeur, d'un déracinement quel que soit le lieu où on habite. On connaît cette fidélité aux parents, à la famille dans laquelle on grandit, même si cet attachement est toxique. La plume de Dima Abdallah est douce et poétique. Elle traduit aussi la violence de la guerre et des drames qui se jouent dans les cœurs et les corps de la fillette et de son père. J'ai été touchée par la perception de cette angoisse et de cette inadaptation au monde et de la manière dont cela se traduit dans les corps et les comportements. Comment ils tentent de faire bonne figure et de continuer à vivre. Le lecteur suit leurs évolutions au cours d'une quarantaine d'années, de 1983 à 2019, les descentes aux enfers et les sursauts. L'incapacité du père à "se faire violence", selon la formule populaire, pour dépasser ses angoisses et être présent pour sa famille. Comment, d'ailleurs, "se faire violence" quand toute sa vie n'a été que violence et terreurs ? Le père, puis sa fille plus tard, écrit, noircit les pages les unes après les autres. Je me suis souvent demandée d'ailleurs pourquoi ces deux-là ne s'écrivaient pas. Pourquoi ils n'avaient pas alimenté une correspondance par delà la Méditerranée, pour s'écrire ce qu'ils étaient incapables de se dire. Cela m'a semblé tellement dommage.

Je me suis néanmoins un peu lassée dans le dernier quart du récit : je n'ai jamais tellement aimé ces longues introspections et ces réflexions interminables. Ce choix de l'auteur permet au lecteur de bien ressentir ce gouffre de la dépression, ce cycle infernal qui n'en finit pas. Plus que la compréhension, l'auteur nous offre le ressenti, et c'est très réussi. Mais j'ai trouvé cette fin un peu longue. Trop longue pour rester sur le sentiment enthousiaste que j'avais au début de ma lecture. Un petit sursaut cependant, en toute fin de récit, grâce au passage sur la langue arabe qui reste tapie au fond de cette petite fille devenue adulte et mère à son tour. Cette langue du drame et de la violence, enfouie pour permettre l'oubli, qui finira par ressurgir on le sent, quand la jeune femme aura assimilé ce passé et appris à vivre avec sa mémoire. Un peu comme une renaissance.
"J'espère qu'elle grandira comme poussent ces adventices. Ces hôtes de lieux incongrus, ces hôtes que personne n'a voulus, qui dérangent mais s'en moquent bien et n'en finissent pas de pousser. Celles dont on arrache sans relâche les racines parce qu'elles ne conviennent pas, parce qu'elles ont poussé au mauvais endroit au mauvais moment, mais qui prolifèrent ailleurs. Celles qui s'épanouissent sur des substrats improbables, qui s'acharnent à vivre dans les milieux les plus hostiles. Les plantes pudiques, celles qui ne cherchent pas à se faire bien voir, celles dont le charme est si subtil qu'il en est un peu secret. Celles qui triomphent toujours, qui poussent et repoussent à l'infini. Celles qui percent sous le béton, qui germent même sous le bitume. Celles qui se moquent bien des lieux inhospitaliers." 

Un premier roman riche, sensible et violent à la fois, touchant et poétique. Une nouvelle auteure à suivre très certainement.

Mauvaises herbes - Dima Abdallah
Sabine Wespieser éditions - 27 août 2020 - 240 pages











12 décembre 2020

Le monde du vivant - Florent Marchet


Cet été-là, Solène a quatorze ans et déteste son père, Jérôme. Celui-ci a décidé d'installer sa petite famille loin d'Orléans, dans une ferme biologique où les corvées n'arrêtent jamais. C'est la fin du collège et le début du sentiment amoureux. Solène découvre la sexualité, sa légèreté, ses bouderies, ses audaces. Elle aimerait vivre, et a l'impression que le monde entier l'en empêche. Enfin, surtout son père. Alors que les moissons approchent, un accident survient ; l'équilibre familial est chamboulé. En ce mois de juillet, la vie s'embrase. Florent Marchet joue sur les émotions de chacun, la solitude de l'existence, sa beauté aussi. Une forme de suspens saisit cette campagne où il fait trop chaud, où les corps sont trop moites, où les gestes sont maladroits et où les malentendus vont croissant, jusqu'au finale. Un premier roman qui regarde le monde contemporain droit dans les yeux.

*****
Le Club de lecteurs de la bibliothèque nous propose de nouveau un premier roman de cette rentrée littéraire 2020. Il s'agit là encore d'un récit sur le bouleversement, la révolution au sein de la famille. Après un passage dans le clan mafieux italien de Je suis la bête, direction la campagne française où une famille tente de donner un nouveau sens à sa vie en se rapprochant de la nature.

Ce roman réuni deux grands sujets. D'abord celui du drame écologique qui se joue et de notre nécessaire prise de conscience quant à notre mode de vie et de consommation. Jérôme, ancien ingénieur, a décidé de changer de vie, de quitter la ville pour rejoindre la campagne et se lancer dans l'agriculture biologique. Comme pour de nombreux néo-ruraux, vient alors le moment de faire face à la réalité du monde, de confronter ses rêves d'une vie plus saine, ses convictions écologiques d'une vie plus rustique et décroissante… à la réalité du quotidien, de la charge de travail. Vient le temps des compromis entre une agriculture exigeante et le nécessaire équilibre financier. Autour de Jérôme, les agriculteurs conventionnels détruisent la nature dont ils espèrent quand même tirer profits et s'enfoncent toujours plus dans la misère et l'endettement. La ferme de Jérôme garde la tête hors de l'eau mais au détriment de la pureté du projet. Le caractère de Jérôme en pâti, il peste et grogne après tout le monde, en veut à la terre entière des difficultés qu'il rencontre.

La seconde histoire est celle de Solène, jeune collégienne de 15 ans pour qui les vacances d'été approchent. Elle regrette la ville, ses amis, les virées shopping avec sa mère, peste après ce petit frère qui a détourné d'elle un peu de l'attention de ses parents. Très bonne élève, elle cherche à s'intégrer aux groupes qui se préparent à fêter la fin de l'année scolaire, quitte à franchir les limites qu'elle s'était elle-même fixées. Et puis bien sûr, elle rencontre l'amour auprès de Baptiste, jeune garçon de sa classe. Solène aussi a envie de renverser la table, bouleverser son quotidien et le prendre en main, gagner son indépendance et vivre ses propres expériences.

C'est dans cette ambiance électrique qu'arrive Théo, doux rêveur, wwoofeur formé à la permaculture et l'agroforesterie, aux conditions de développement d'un mode de vie durable, bricoleur astucieux qui répare le toit de la grange et installe la clôture tant attendue. Théo est le petit grain de sable qui fini par tout faire exploser, mettant les uns et les autres face à leurs contradictions et leurs ambitions déçues, révélant la passion et la colère qui bouillonnent chez Jérôme comme chez sa fille, Solène.

J'ai beaucoup aimé ce récit qui témoigne de l'impatience d'une époque et d'un âge, l'adolescence. Chacun réalise qu'il va falloir quitter le confort de l'enfance, d'une vie protégée pour vivre sa vie et expériences, abandonner le mode de vie qui est le nôtre aujourd'hui, fait de surconsommation et d'une perte de sens. Mais avant d'atteindre l'âge adulte des certitudes et de l'assurance, il faut traverser bien des déceptions, des peurs et des vexations. Théo est celui qui semble avoir atteint l'âge adulte, fait ses expériences d'adolescent, avoir acquis une maturité et se couler sans regrets ni agressivité dans ce nouveau monde, offrant de son temps contre le logis et le couvert, pour partager son expérience et poursuivre sa formation.
"Théo oublie que ceux qui seraient prêts à accepter la révolution écologique ne sont pas nombreux, y compris au sortir d’une pandémie. Jérôme l’affirme souvent lors de ses interminables débats avec Marion : les pauvres veulent désormais jouer aux riches. Même en France, ils ne manifesteront jamais pour un changement radical de société. S’ils bloquent le pays, ce sera pour réclamer plus de consommation, plus de McDo, de centres commerciaux et d’écrans 4 K . Sans le savoir, ils manifesteront pour ce monde ultra-libéral, pour le droit à en être, à faire partie de l’élite qui se gave, qui profite, qui dépense sans compter, qui gaspille des ressources à l’infini dans un monde fini."
Ce récit montre bien que le chemin de la transformation ne se fait pas sans heurts ni obstacles. A la fin cependant, on peut se demander si l'être humain est assez sage pour parvenir à changer le monde et perdre ses vieux réflexes de domination et de toute puissance... C'est aussi un récit qui parle de nous, d'une adolescence passée, plus ou moins lointaine, qui n'a pas toujours été facile et qui laisse des traces ; il nous parle d'un monde qu'on se prend à rêver, à idéaliser, mais pour lequel on n'est pas prêts à faire des sacrifices. Il nous parle de cet équilibre instable entre les ambitions, les petites rebellions et le confort qui nous engourdi. C'est un peu ça aussi l'adolescence... Un premier roman très réussi, très riche en réflexions sur le monde qui est aujourd'hui le nôtre.

Le monde du vivant - Florent Marchet
Stock (La Bleue) – 288 pages ; Parution le 19 août 2020

Pour compléter cet avis, je vous invite à découvrir ceux des Livres d'Eve, Ma voix au chapitre, ou des Pages de Sam.