Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au
suivi des derniers ours. Mais depuis un an et demi, on n’a plus trouvé la
moindre trace de Cannellito, le seul plantigrade avec un peu de sang
pyrénéen qui fréquentait encore ces forêts, pas d’empreinte de tout
l’hiver, aucun poil sur les centaines d’arbres observés. Martin en est
chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal.
L’histoire des hommes, n’est-ce pas celle du massacre de la faune sauvage
? Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la
dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la
retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il
ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas. Et rien
de ce qui s’est joué, quelques semaines plus tôt, en Afrique.
Entre chasse au fauve et chasse à l’homme, vallée d’Aspe dans les
Pyrénées enneigées et désert du Kaokoland en Namibie, Colin Niel tisse une
intrigue cruelle où aucun chasseur n’est jamais sûr de sa proie.
*****
Colin Niel a réussi un magistral tour de force avec ce nouveau
livre
: celui d'avoir réussi à me captiver et me passionner avec une chasse aux
fauves en Afrique, au cœur en Namibie, dans le Kaokoland. Comme beaucoup je
pense, je suis sensibilisée à la protection de l'environnement, à la défense
des espèces, animales et végétales, qui disparaissent pourtant par milliers
depuis ces dernières années. Je m'intéresse au devenir de la planète et me
soucie du bien être animal. Je mange bio, je limite ma consommation de
viande, j'essaye de faire attention aux poissons que je consomme, je
privilégie le local et responsable... Je trie, je recycle, j'achète et vrac
et je fais ma lessive. Comme beaucoup aussi, malgré tout, j'ai mes
contradictions quand il s'agit de traverser la France en voiture pour aller
randonner dans les Pyrénées, quand j'aspire à pouvoir retourner en
Angleterre ou en Norvège, quand j'accroche mes guirlandes électriques pour
Noël à l'extérieur de la maison... Mais j'essaye de faire au mieux.
Je suis surtout horrifiée quand je tombe sur ces photos de gens richissimes
qui traversent la planète en avion ou en 4/4 pour aller chasser le lion ou la
gazelle et se pavanent sur Facebook avec les photos de leurs trophées. Je me
révolte face au trafic d'animaux ou à l'élevage intensif. Je défends a priori
la réintroduction des ours en montagne, même si je comprends très bien les
craintes des éleveurs. En bref, je me suis forgée des points de vue, qui
parfois sont tranchés, d'autres moins affirmés.
Et là,
Colin Niel fait tout voler en éclats, avec une maîtrise et un talent qui
se confirme de livre en livre. J'ai adoré suivre Apolline en Namibie, en quête du trophée ultime qu'est le
roi des animaux, le lion, Charles dans le récit.
Ce roman est l'histoire de cette traque, d'une chasse au cœur des
paysages authentiques et préservés de l'Afrique. On est parfois aux côtés de la jeune femme, parfois dans l'esprit du lion.
Et on suit les pistes, on cherche les traces. On s'approche et on rencontre
les fauves bien plus que lors de nos visites au zoo. Apolline est une
passionnée, de la nature, d'authenticité, elle a le goût de l'effort... et de
la chasse aussi.
De l'autre côté, il y a Martin, garde expérimenté dans le parc national des
Pyrénées, qui défend la présence des animaux, l'ours y compris. Martin qui
s'enflamme et dépasse les limites dans sa lutte contre les chasseurs et les
éleveurs qui voudraient bien voir disparaître cette menace de leurs montagnes.
Martin fait partie d'un groupe qui débusque les chasseurs sur internet et les
jette en pâture à la vindicte populaire. Il tombe, on s'en doute, sur la photo
d'Apolline. Et c'est de ces récits parallèles dont il est question ici.
"La vérité, c’est que sur cette Terre que l’homme n’aurait jamais fini d’abîmer, il existait plus de lions en peluche que de lions vivants. Et c’est certain, un jour on en parlerait comme d’un animal du passé."
Comment vous dire à quel point j'ai été éblouie par ce roman ?
Très certainement parce qu'il a réussi à bousculer mes convictions. Je n'ai
sans doute pas changé d'avis... mais avoir partagé ces moments intenses, en
Afrique ou dans les Pyrénées, transforme forcément. Je me suis fait violence
au début, pour essayer de ne pas juger, de ne pas m'exaspérer ou me révolter
contre ce qui me semblait un parti-pris pro-chasse. Et puis j'ai fini par
lâcher prise et me laisser emporter par le récit.
Ce roman est intense par la tension qui naît de la chasse, et qui monte au fur et à mesure que les chasseurs se rapprochent de leurs
proies. Si, dans la première partie du récit, on découvre des univers
exotiques, des personnages aux caractères bien trempés, des quotidiens, dans
les montagnes ou la savane, on bascule ensuite dans le roman noir qui happe le
lecteur et l'emporte, en apnée, jusqu'à la dernière page. J'ai englouti le
dernier tiers de ce roman de 350 pages d'une traite.
Pour un final... époustouflant et très malin !
J'ai découvert Colin Niel grâce à la
Librairie Lise&moi
qui l'avait invité à présenter ses romans. J'avais été passionnée par son
discours sur ses récits qui se déroulent en Guyane. Il nous fait découvrir un
pays, un univers, des personnages, en plongeant au plus profond des réalités.
Ma sensibilité de "sociologue" se passionne par ces approches. J'avais lu
Ce qui reste en forêt
qui m'avait enthousiasmée. Mais j'ai découvert Colin Niel avec
Seules les bêtes, qui navigue cette fois entre le massif central et l'Afrique, et qui fut un
réel coup de cœur. L'auteur a ce talent de réussir à nous attirer et nous
plonger dans des univers si lointains, si surprenants ; il sait attiser notre
curiosité.
Bref, je vais en rester là... mais
ne passez pas à côté de cet auteur. Ni de ce roman, particulièrement riche et qui suscite aussi la réflexion.
Entre fauves - Colin Niel
Editions du Rouergue - septembre 2020 - 336 pages
Vous pouvez aussi découvrir l'interview de l'auteur sur
Babelio et découvrir les avis de
Mots pour mots,
Tant qu'il y aura des livres, ou des
livres de k79.