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12 décembre 2021

En finir avec Eddy Bellegueule - Edouard Louis

   
 
En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

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"De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître."

Cela faisait un moment que je voulais découvrir ce récit d'Edouard Louis / Eddy Bellegueule, sans jamais ni acheter le livre, ni l'emprunter. Et puis j'ai lu Retour à Reims, de Didier Eribon qui a été pour moi un vrai coup de cœur. Impossible après ça de ne pas me plonger dans ce très perturbant récit autobiographique.

13 février 2021

Ce qu'il faut de nuit - Laurent Petitmangin

    


C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent, et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l'importance à leurs yeux, ceux qu'ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d'hommes en devenir.

28 décembre 2020

Le coeur qui tourne - Donal Ryan



Bobby Mahon était une figure respectée du village. L'ancien contremaître de l'entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l'Irlande déchire les liens de sa communauté. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s'en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d'hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu'à l'irréparable... Vingt et un narrateurs se succèdent pour raconter leur vérité dans une construction ambitieuse qui n'est pas sans rappeler Faulkner. Un premier roman élu « Meilleur livre de l’année 2012 » en Irlande.

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Mon précieux carnet de lecture me rappelle que j'ai terminé la lecture de ce récit fin septembre… Et pourtant, il ne m'a pas laissé beaucoup de souvenirs. La principale raison étant que j'ai la mémoire courte, et c'est d'ailleurs ce qui m'a conduite à ouvrir un blog, en 2009... Comme je n'ai pas toujours le temps de rédiger mes articles rapidement après ma lecture, j'ai commencé à écrire dans un joli carnet fait exprès, quelques idées en vue de cet article. Malgré cela, je vais avoir du mal à être très précise dans mon billet.

Ce roman ne retrace pas la vie de personnages, il ne s'attache à personne en particulier, il donne au lecteur une vue de l'Irlande contemporaine, prise entre les faillites et la misère, le chômage et la violence, la rancune et la jalousie, mais l'espérance et la tendresse aussi. Nous sommes en 2010 et cette petite ville irlandaise s'asphyxie, plongée dans la misère et les relations plutôt distantes entre chacun de ses habitants. On découvre la vie de cette petite ville, et de l'Irlande de façon plus générale, à travers le regard de 21 habitants. Les points de vue sur un même fait ou un même contexte se succèdent, donnant une perception très intime des événements. Ce sont 21 regards sur le monde qui, mis bout à bout, donnent un tableau sensible et complexe de cette Irlande rurale, un peu isolée, et touchée par le chômage.

J'ai aimé cette construction originale qui dépeint un tableau tout en nuances. Mais le fait qu'aucun personnage ne sorte vraiment du récit, qu'on ne s'attache pas vraiment à l'un d'eux en particulier, rend difficile l'expression d'une quelconque empathie et sans cet attachement, j'ai eu du mal à me sentir concernée par ce récit. J'ai eu du mal à en garder trace dans ma mémoire.

"Ils se sont mis à l'aimer, alors, ou plutôt ils aimaient ce qu'il représentait pour eux, ce qu'ils pensaient voir en lui : quelqu'un qui aurait pu aisément prétendre à un autre genre de vie, mais qui pourtant avait choisi la leur : la rancœur et l'amertume, le whisky allongé à l'eau dans les vieux verres ternis, les salles sombres des pubs de campagne envahis de toiles d'araignées, les toilettes barbouillées de merde, le sang mêlé à la pisse et une fin prématurée."

Un premier roman qui a été élu meilleur livre de l'année 2012 en Irlande, lauréat du "Guardian First Book Award" en 2013 et de nombreux autres prix par la suite. Un roman qui vaut donc quand même le coup d'oeil.

Le cœur qui tourne - Donal Ryan
Sortie chez Albin Michel, 25 février 2015, 180 pages


Pour compléter ce billet, je vous invite à lire les avis de Lettres d'Irlande et d'ailleurs, Les chroniques assidues ou encore Avides lectures.


19 décembre 2020

Mauvaises herbes - Dima Abdallah


Dehors, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La jeune narratrice de ce saisissant premier chapitre ne pleure pas, elle se réjouit de retrouver avant l’heure « son géant ». La main accrochée à l’un de ses grands doigts, elle est certaine de traverser sans crainte le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l’enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s’y est tôt habituée.
Son père, dont la voix alterne avec la sienne, sait combien, dans cette ville détruite, son pouvoir n’a rien de démesuré. Même s’il essaie de donner le change avec ses blagues et des paradis de verdure tant bien que mal réinventés à chaque déménagement, cet intellectuel – qui a le tort de n’être d’aucune faction ni d’aucun parti – n’a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence.
L’année des douze ans de sa fille, la famille s’exile sans lui à Paris. Collégienne brillante, jeune femme en rupture de ban, mère à son tour, elle non plus ne se sentira jamais d’aucun groupe, et continuera de se réfugier auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu’elle se garde bien d’arracher.
De sa bataille permanente avec la mémoire d’une enfance en ruine, l’auteure de ce beau premier roman rend un compte précis et bouleversant. Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l’on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.

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On poursuit la découverte des premiers romans de la rentrée littéraire 2020 avec ce Mauvaises herbes de Dima Abdallah. Nouvelle histoire de famille après Le monde du vivant de Florent Marchet et Je suis la bête de Andrea Donaera, lus eux aussi en prévision du prochain rendez-vous du Club de lecteurs de la bibliothèque Libre cour, à Vertou.

Ce récit nous emmène au Liban, à Beyrouth, en pleine guerre civile au début des années 1980. Nous découvrons le lien inaltérable qui unit une petite fille à son père dans un monde qui tremble et qui s'effondre sous les bombes. Accrochée à la main de son père, à son doigt, l'enfant avance dans un monde qui n'est pas fait pour elle. Ni l'un ni l'autre n'ont leur place dans ce monde en guerre. Mais on sent qu'ils ne trouveraient pas non plus leur place ailleurs, dans un autre contexte. Tous deux sont de la "mauvaise herbe", de celles qui poussent tout simplement au mauvais endroit. La violence de la guerre fait germer une angoisse intense, qui se saisit du corps de l'enfant et qui transformera à jamais son existence. Le père, lui, veut rester ce géant indispensable à sa fille, celui qui protège et fait grandir. Sauf que lui non plus n'est pas adapté à ce monde, ni sans doute à aucun autre. Il se détruit petit à petit, n'étant plus d'aucun secours pour sa fille. Ni l'un ni l'autre ne savent parler, se parler. Ils gardent tout enfoui au plus profond d'eux, souriant pour donner le change. Pour faire comme si tout allait bien. Malgré cette descente aux enfers, tous deux resteront liés à jamais, même quand la fillette quittera le Liban avec sa mère, pour rejoindre la France, l'année de ses douze ans. Par delà la Méditerranée, le lien qui unit l'enfant à son père restera solide, indestructible et destructeur.




J'ai aimé ce récit d'un attachement à la fois merveilleux et destructeur, d'un déracinement quel que soit le lieu où on habite. On connaît cette fidélité aux parents, à la famille dans laquelle on grandit, même si cet attachement est toxique. La plume de Dima Abdallah est douce et poétique. Elle traduit aussi la violence de la guerre et des drames qui se jouent dans les cœurs et les corps de la fillette et de son père. J'ai été touchée par la perception de cette angoisse et de cette inadaptation au monde et de la manière dont cela se traduit dans les corps et les comportements. Comment ils tentent de faire bonne figure et de continuer à vivre. Le lecteur suit leurs évolutions au cours d'une quarantaine d'années, de 1983 à 2019, les descentes aux enfers et les sursauts. L'incapacité du père à "se faire violence", selon la formule populaire, pour dépasser ses angoisses et être présent pour sa famille. Comment, d'ailleurs, "se faire violence" quand toute sa vie n'a été que violence et terreurs ? Le père, puis sa fille plus tard, écrit, noircit les pages les unes après les autres. Je me suis souvent demandée d'ailleurs pourquoi ces deux-là ne s'écrivaient pas. Pourquoi ils n'avaient pas alimenté une correspondance par delà la Méditerranée, pour s'écrire ce qu'ils étaient incapables de se dire. Cela m'a semblé tellement dommage.

Je me suis néanmoins un peu lassée dans le dernier quart du récit : je n'ai jamais tellement aimé ces longues introspections et ces réflexions interminables. Ce choix de l'auteur permet au lecteur de bien ressentir ce gouffre de la dépression, ce cycle infernal qui n'en finit pas. Plus que la compréhension, l'auteur nous offre le ressenti, et c'est très réussi. Mais j'ai trouvé cette fin un peu longue. Trop longue pour rester sur le sentiment enthousiaste que j'avais au début de ma lecture. Un petit sursaut cependant, en toute fin de récit, grâce au passage sur la langue arabe qui reste tapie au fond de cette petite fille devenue adulte et mère à son tour. Cette langue du drame et de la violence, enfouie pour permettre l'oubli, qui finira par ressurgir on le sent, quand la jeune femme aura assimilé ce passé et appris à vivre avec sa mémoire. Un peu comme une renaissance.
"J'espère qu'elle grandira comme poussent ces adventices. Ces hôtes de lieux incongrus, ces hôtes que personne n'a voulus, qui dérangent mais s'en moquent bien et n'en finissent pas de pousser. Celles dont on arrache sans relâche les racines parce qu'elles ne conviennent pas, parce qu'elles ont poussé au mauvais endroit au mauvais moment, mais qui prolifèrent ailleurs. Celles qui s'épanouissent sur des substrats improbables, qui s'acharnent à vivre dans les milieux les plus hostiles. Les plantes pudiques, celles qui ne cherchent pas à se faire bien voir, celles dont le charme est si subtil qu'il en est un peu secret. Celles qui triomphent toujours, qui poussent et repoussent à l'infini. Celles qui percent sous le béton, qui germent même sous le bitume. Celles qui se moquent bien des lieux inhospitaliers." 

Un premier roman riche, sensible et violent à la fois, touchant et poétique. Une nouvelle auteure à suivre très certainement.

Mauvaises herbes - Dima Abdallah
Sabine Wespieser éditions - 27 août 2020 - 240 pages











12 décembre 2020

Le monde du vivant - Florent Marchet


Cet été-là, Solène a quatorze ans et déteste son père, Jérôme. Celui-ci a décidé d'installer sa petite famille loin d'Orléans, dans une ferme biologique où les corvées n'arrêtent jamais. C'est la fin du collège et le début du sentiment amoureux. Solène découvre la sexualité, sa légèreté, ses bouderies, ses audaces. Elle aimerait vivre, et a l'impression que le monde entier l'en empêche. Enfin, surtout son père. Alors que les moissons approchent, un accident survient ; l'équilibre familial est chamboulé. En ce mois de juillet, la vie s'embrase. Florent Marchet joue sur les émotions de chacun, la solitude de l'existence, sa beauté aussi. Une forme de suspens saisit cette campagne où il fait trop chaud, où les corps sont trop moites, où les gestes sont maladroits et où les malentendus vont croissant, jusqu'au finale. Un premier roman qui regarde le monde contemporain droit dans les yeux.

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Le Club de lecteurs de la bibliothèque nous propose de nouveau un premier roman de cette rentrée littéraire 2020. Il s'agit là encore d'un récit sur le bouleversement, la révolution au sein de la famille. Après un passage dans le clan mafieux italien de Je suis la bête, direction la campagne française où une famille tente de donner un nouveau sens à sa vie en se rapprochant de la nature.

Ce roman réuni deux grands sujets. D'abord celui du drame écologique qui se joue et de notre nécessaire prise de conscience quant à notre mode de vie et de consommation. Jérôme, ancien ingénieur, a décidé de changer de vie, de quitter la ville pour rejoindre la campagne et se lancer dans l'agriculture biologique. Comme pour de nombreux néo-ruraux, vient alors le moment de faire face à la réalité du monde, de confronter ses rêves d'une vie plus saine, ses convictions écologiques d'une vie plus rustique et décroissante… à la réalité du quotidien, de la charge de travail. Vient le temps des compromis entre une agriculture exigeante et le nécessaire équilibre financier. Autour de Jérôme, les agriculteurs conventionnels détruisent la nature dont ils espèrent quand même tirer profits et s'enfoncent toujours plus dans la misère et l'endettement. La ferme de Jérôme garde la tête hors de l'eau mais au détriment de la pureté du projet. Le caractère de Jérôme en pâti, il peste et grogne après tout le monde, en veut à la terre entière des difficultés qu'il rencontre.

La seconde histoire est celle de Solène, jeune collégienne de 15 ans pour qui les vacances d'été approchent. Elle regrette la ville, ses amis, les virées shopping avec sa mère, peste après ce petit frère qui a détourné d'elle un peu de l'attention de ses parents. Très bonne élève, elle cherche à s'intégrer aux groupes qui se préparent à fêter la fin de l'année scolaire, quitte à franchir les limites qu'elle s'était elle-même fixées. Et puis bien sûr, elle rencontre l'amour auprès de Baptiste, jeune garçon de sa classe. Solène aussi a envie de renverser la table, bouleverser son quotidien et le prendre en main, gagner son indépendance et vivre ses propres expériences.

C'est dans cette ambiance électrique qu'arrive Théo, doux rêveur, wwoofeur formé à la permaculture et l'agroforesterie, aux conditions de développement d'un mode de vie durable, bricoleur astucieux qui répare le toit de la grange et installe la clôture tant attendue. Théo est le petit grain de sable qui fini par tout faire exploser, mettant les uns et les autres face à leurs contradictions et leurs ambitions déçues, révélant la passion et la colère qui bouillonnent chez Jérôme comme chez sa fille, Solène.

J'ai beaucoup aimé ce récit qui témoigne de l'impatience d'une époque et d'un âge, l'adolescence. Chacun réalise qu'il va falloir quitter le confort de l'enfance, d'une vie protégée pour vivre sa vie et expériences, abandonner le mode de vie qui est le nôtre aujourd'hui, fait de surconsommation et d'une perte de sens. Mais avant d'atteindre l'âge adulte des certitudes et de l'assurance, il faut traverser bien des déceptions, des peurs et des vexations. Théo est celui qui semble avoir atteint l'âge adulte, fait ses expériences d'adolescent, avoir acquis une maturité et se couler sans regrets ni agressivité dans ce nouveau monde, offrant de son temps contre le logis et le couvert, pour partager son expérience et poursuivre sa formation.
"Théo oublie que ceux qui seraient prêts à accepter la révolution écologique ne sont pas nombreux, y compris au sortir d’une pandémie. Jérôme l’affirme souvent lors de ses interminables débats avec Marion : les pauvres veulent désormais jouer aux riches. Même en France, ils ne manifesteront jamais pour un changement radical de société. S’ils bloquent le pays, ce sera pour réclamer plus de consommation, plus de McDo, de centres commerciaux et d’écrans 4 K . Sans le savoir, ils manifesteront pour ce monde ultra-libéral, pour le droit à en être, à faire partie de l’élite qui se gave, qui profite, qui dépense sans compter, qui gaspille des ressources à l’infini dans un monde fini."
Ce récit montre bien que le chemin de la transformation ne se fait pas sans heurts ni obstacles. A la fin cependant, on peut se demander si l'être humain est assez sage pour parvenir à changer le monde et perdre ses vieux réflexes de domination et de toute puissance... C'est aussi un récit qui parle de nous, d'une adolescence passée, plus ou moins lointaine, qui n'a pas toujours été facile et qui laisse des traces ; il nous parle d'un monde qu'on se prend à rêver, à idéaliser, mais pour lequel on n'est pas prêts à faire des sacrifices. Il nous parle de cet équilibre instable entre les ambitions, les petites rebellions et le confort qui nous engourdi. C'est un peu ça aussi l'adolescence... Un premier roman très réussi, très riche en réflexions sur le monde qui est aujourd'hui le nôtre.

Le monde du vivant - Florent Marchet
Stock (La Bleue) – 288 pages ; Parution le 19 août 2020

Pour compléter cet avis, je vous invite à découvrir ceux des Livres d'Eve, Ma voix au chapitre, ou des Pages de Sam.






05 mai 2020

Tous les vivants - C.E.Morgan

 

Orren et Aloma sont deux âmes à vif, deux jeunes êtres à fleur de peau. Elle est orpheline, élevée dans une école missionnaire catholique et dotée d'un talent rare pour le piano. Il est fils de fermiers, fier et taciturne. Ils sont amoureux et leur vie bascule le jour où la famille d'Orren meurt dans un accident de voiture, le laissant responsable d'une vaste plantation de tabac, d'une terre aride et d'une maison silencieuse où flotte encore la présence des êtres disparus. Livrée à elle-même dans ces lieux si peu familiers au cœur des montagnes du Kentucky, Aloma devra trouver sa place dans cette nouvelle vie, déchirée entre son désir de conserver sa liberté de femme et la nécessité de se soumettre aux engagements du couple. Tous les vivants a la puissance évocatrice d'une parabole et le charme intemporel d'un conte. C. E. Morgan y dresse un remarquable portrait de femme, intime et saisissant, et dépeint avec une éclatante justesse le processus d'enracinement des êtres au sein d'une terre et d'une famille.

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03 mars 2020

Nirliit - Juliana Léveillé-Trudel



 

Une jeune femme du Sud qui, comme les oies, fait souvent le voyage jusqu'à Salluit, parle à Eva, son amie du Nord disparue, dont le corps est dans l'eau du fjord et l'esprit, partout. Le Nord est dur « il y a de l'amour violent entre les murs de ces maisons presque identiques » et la missionnaire aventurière se demande « comment on fait pour guérir son cœur ». Elle s'active, s'occupe des enfants qui peuplent ses journées, donne une voix aux petites filles inuites et raconte aussi à Eva ce qu'il advient de son fils Elijah, parce qu'il y a forcément une continuité, une descendance, après la passion, puis la mort.
Juliana Léveillé-Trudel livre un récit d'amour et d'amitié beau et rude comme la toundra. Nirliit partage la « beauté en forme de coup de poing dans le ventre » qu'exhale le Nord.

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25 avril 2019

Rade amère - Ronan Gouézec

Je n'ai pu assister au Comité de lecteurs sur les auteurs japonais faute d'avoir pu terminer suffisamment rapidement Le père Goriot et La septième fonction du langage. Cette fois-ci, hors de question de passer à côté du prochain rendez-vous qui met à l'honneur les auteurs bretons.

Si vous êtes tentés par l'aventure, voici la petite liste concoctée par les bibliothécaires. 6 titres, dont 2 que j'avais déjà lu : 
    - La fille à histoires, Irène Frain
    - Rade amère, Ronan Gouézec
    - Trois éclats toutes les vingt secondes, Françoise Kerymer
    - Fleurs de tempêtes, Philippe Le Guillou

J'ai donc commencé mon voyage en terre bretonne avec un premier roman, celui de Ronan Gouézec dont le titre et la couverture nous conduisent dans l'univers iodé de l'Atlantique.

02 février 2019

Une histoire des abeilles - Maja Lunde

Cette histoire des abeilles est ma dernière lecture de la liste du Comité des lecteurs de la bibliothèque, dont le thème est la littérature nordique. J'ai mis un peu de temps avant de le lire. D'abord parce qu'il n'était pas disponible, mais aussi parce que je n'étais que moyennement attirée par la présentation en 4ème de couverture. 3 histoires à 3 périodes différentes de l'Histoire, sur des continents différents, mais ayant toute un lien avec les abeilles. Je ne voyais pas trop où tout cela pouvait mener. Et puis sur le principe, Une histoire des abeilles, même si cela pouvait être intéressant, ce n'était pas trop ce que j'avais envie de lire. Enfin, après 5 lectures d'auteurs "nordiques", j'avoue que j'étais plutôt frileuse. 3 histoires parallèles, un bouquin de 400 pages, il y avait intérêt à ce que récit ai un peu de rythme !
Et là, surprise : je me suis passionnée par ces 3 histoires et par cette Histoire des abeilles ! A découvrir sans hésitation.


Une histoire des abeilles de Maja Lunde.
Éditions Les Presses de la Cité, 17 août 2017, 400 pages.

27 octobre 2018

La vraie vie - Adeline Dieudonné

Voici ma 6ème lecture de cette rentrée littéraire : le challenge 1% littéraire est donc rempli. Et de belle manière avec ce premier roman d'Adeline Dieudonné, jeune auteure belge qui a obtenu avec La vraie vie le prix du roman FNAC 2018. J'aborde toujours avec prudence une lecture qui recueille ainsi tous les suffrages. Ma lecture précédente, Asta, m'a rappelé que nous n'avons pas toujours les mêmes points de vue (et heureusement).  Pour La vraie vie, je me suis rangée à l'avis général : je l'ai englouti en une soirée, ne souhaitant pas abandonner la jeune narratrice à son sort si tragique avant de connaître le dénouement.
La vraie vie - Adeline Dieudonné.
Éditions L'iconoclaste, août 2018, 270 pages.

11 mai 2018

Désorientale - Négar Djavadi

Voici ma troisième lecture pour notre prochaine rencontre du Comité de lecteurs sur le thème de l'exil. Après deux courts récits, Rêves oubliés de Léonor de Secondo et Le bleu des abeilles de Laura Alcoba, ce troisième texte est beaucoup plus dense et mélange la petite et la grande histoire, celle de la famille Sadr et celle de l'Iran, des relations entre l'Orient et l'Occident... Les clés de lecture sont nombreuses : outre l'Histoire de l'Iran depuis le début du XXème siècle, il y a celle de Kimiâ et de sa famille, de Sara et Darius, d'Emma et de Nour, les "mères" de la famille, il y a le récit de l'exil, la souffrance et la solitude, mais aussi celui de l'adolescence, de la découverte de la sexualité, le besoin impérieux de liberté. Un texte foisonnant et très riche. Passionnant.

Désorientale de Négar Djavadi.
Éditions Liana Levi, août 2016, 350 pages.

22 avril 2018

Thérapie - Sébastian Fitzek

Bien lancée sur le chemin de l'objectif PAL, je poursuis en avril avec un thriller qui trône lui aussi depuis un bon bout de temps dans ma bibliothèque. Pour mémoire, je me suis fixée au début de l'année comme première (et unique) résolution, celle de lire chaque mois au moins un titre de ma PAL. Mon petit calendrier est présenté dans le billet Résolution 2018 - réduction de PAL. J'y ai ajouté quelques lectures communes, et avec ce Thérapie, j'atteins ma 7ème lecture toute droit issue de ma PAL. Et comme je me suis aussi lancée le défit de retourner à la bibliothèque pour moi (et pas seulement pour ma fille...), j'arrive à contenir l'inflation ! Depuis le début de l'année, seuls 7 livres sont venus alourdir mes étagères. Et alors, me direz-vous, ce thriller ?

Thérapie de Sébastian Fitzek.
Éditions l'Archipel, novembre 2008, 277 pages.

25 mars 2018

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

Voici ma nouvelle sortie de PAL, et une lecture lumineuse, qui vous emporte dès les premières lignes. Après mes deux dernières lectures, L'obscure clarté de l'air, de David Vann et La méprise de Vladimir Nabokov, j'avais bien besoin de cette fraîcheur, de retrouver un peu de fluidité. Ce récit est virevoltant, décalé, chaleureux et terriblement humain. Nous rencontrons une famille gentiment foldingue qui navigue entre la France et son château en Espagne. C'est autour de la mère que tourne l'univers de cette petite cellule familiale composée du père, de leur fils et d'un drôle d'oiseau, Mademoiselle Superfétatoire. Un beau récit, plein d'amour et de tendresse, très poignant.

En attendant Bojangles de Olivier Bourdeaut.
Éditions Finitude, 07 janvier 2016, 160 pages.

12 décembre 2017

Les vents noirs - Arnaud de la Grange

Voici ma 4ème et dernière lecture en prévision de la soirée du Comité des lecteurs de la bibliothèque Libre Cour programmée le 5 décembre. Le thème de ces lectures partagées était "Les nouvelles plumes de la rentrée". Premier roman donc pour Arnaud de la Grange avec ces Vents noirs qui nous conduisent aux confins de la Sibérie et du désert du Taklamakan, à l'ouest du désert de Gobi, sur les traces d'un mystérieux archéologue, à la fin de la Première Guerre Mondiale. Un texte sur la violence et la guerre, sur les cicatrices que cette dernière laisse dans le cœur des hommes, sur les rêves et l'espoir, sur l'avenir et le passé, sur l'amour et la mort, sur la mémoire enfin, qui ne laisse personne en paix. Une belle épopée aux côtés des cosaques.

Les Vents noirs de Arnaud de la Grange.
Éditions JC Lattès, 23 août 2017, 300 pages.

15 novembre 2017

Ces rêves qu'on piétine - Sébastien Spitzer

Encore un livre sur la Seconde guerre mondiale, la Shoah, les camps... Sans doute. Mais doit on regretter que des auteurs continuent à parler de cette période tragique de l'histoire ? Doit on chercher à oublier ces pages sombres notre histoire commune ? Il me semble que ces récits sont nécessaire et peuvent être nos garde-fous dans des moments plus troublés, où tous les prétextes sont bons pour attiser les haines. D'autant que Sébastien Spitzer nous propose ici l'histoire peu connue de Maria Magdalena Goebbels, l'épouse de Joseph Goebbels et "Première dame" du Troisième Reich.

Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer.
Éditions de l'Observatoire, 23 août 2017, 304 pages.


08 novembre 2017

Une histoire des loups - Emily Fridlund

Le prochain Comité de lecteurs de la bibliothèque que je fréquente aura pour thème les premiers romans de la rentrée littéraire 2017. Dans la liste des ouvrages retenus figure cette histoire des loups d'une jeune auteure américaine, habituée aux honneurs pour ses écrits publiés dans diverses revues et journaux. Ce premier roman était très prometteur et j'ai rapidement été séduite, par l'écriture, le talent de cette jeune plume pour les descriptions de la nature et sa puissance d'évocation. Las, mon enthousiasme initial n'a pas résisté aux longueurs du récit, à son manque de densité, et à ce sentiment d'ennui qui croit pages après pages. Bien dommage.

Une histoire des loups de Emily Fridlund.
Éditions Gallmeister, 17 août 2017, 304 pages.

04 novembre 2017

Le courage qu'il faut aux rivières - Emmanuelle Favier

C'est le comité de lecture adultes de la bibliothèque qui m'a permis de découvrir ce premier roman d'Emmanuelle Favier, jeune auteure qui s'est d'abord illustrée dans les domaines de la poésie et du théâtre. La poésie et la beauté de la langue sont très certainement ce qui caractérise d'abord ce très beau roman. L'histoire ensuite, avec la découverte de cette coutume particulière aux pays des Balkans que sont les "vierges jurées" ou "vierges sous serment", qui nous entraîne dans des univers culturels inconnus, à la limite de mondes fantastiques. Un premier roman très réussi et une auteure à suivre.

Le courage qu'il faut aux rivières de Emmanuelle Favier.
Éditions Albin Michel, 23 août 2017, 217 pages.

03 mai 2017

Dans la ville des veuves intrépides - James Cañón

Après la lecture du premier roman de Martha Bathala, Les mille talents d'Euridice Gusmão, paru en janvier 2017 aux éditions Denoël, j'avais envie de vous parler de cette lecture qui date un peu puisqu'elle a fait l'objet d'un billet dans mon ancien blog en février 2012. J'ai trouvé une certaine similitude entre ces deux premiers romans enjoués et vivifiants qui nous parle de femmes dont la vie n'est pas toujours gaie mais qui ont le caractère pour la rendre souriante. Deux romans optimistes et colorés, avec chacun une once de fantaisie délicieuse. Dans la ville des veuves intrépides est un roman savoureux à découvrir si ce n'est pas déjà fait.

Dans la ville des veuves intrépides - James Cañón.
Editions Belfond, Mars 2008, 384 pages (lu en édition Livre de Poche)

27 avril 2017

Les mille talents d'Euridice Gusmão - Martha Batalha

Une couverture comme je les adore, souriante, pimpante, joyeuse pour un récit tout aussi vif et coloré. C'est une plongée dans le Brésil des années 1940 à 1960, à la rencontre de femmes de caractère qui découvrent la liberté et aspirent à prendre leur vie en main. Un petit côté Desperate Housewives pour ces mères de famille cantonnées à la maison et que la société n'autorise pas encore à sortir du foyer pour autre chose que pour les courses ou les enfants. Avec le sourire et l'optimisme en plus. Un premier roman réussi, dynamique et plein de fraîcheur, sous le soleil de Rio. Une plume que l'on quitte avec regret tant elle transmet de bonne humeur, même si les faits sont souvent graves et douloureux, comme pouvait l'être la vie des femmes à cette époque.

Les mille talents d'Euridice Gusmão - Martha Batalha.
Editions Denoël, Janvier 2017, 249 pages.

20 mars 2017

Le ventre de l'Atlantique - Fatou Diome

Je vous suggère cette lecture très forte pour célébrer dignement cette date du 20 mars, retenue pour être la Journée internationale de la Francophonie. Je ne sais pas bien ce qui m'a tenue éloignée de ce livre si longtemps puisque cela faisait un moment que je tournais autour. Mais dès les premières pages, j'ai su que je ne regretterai pas cette lecture. Pour l'écriture d'abord, vive et pleine de fraîcheur, pour l'humour qui se dégage de ces mots, leur poésie et leur sensibilité aussi. Pour le récit enfin, témoignage saisissant de la distance qui sépare l'Europe et l'Afrique, où la première apparaît comme l'Eldorado mais se révèle aussi bien sombre à ceux qui osent franchir les océans.

Le ventre de l'Atlantique - Fatou Diome.
Le Livre de Poche, septembre 2015, 255 pages.