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28 novembre 2021

Le festin des hyènes - Fabienne Juhel


Comme chaque matin depuis que la Terre supporte ce vieux continent noir de soleil, balafré de pistes poussiéreuses et bordées d'épineux, les femmes sont de corvée d'eau. Elia avec les autres, elle qui voudrait aller à l'école comme ses frères. Mais ce jour- là, les singes hurleurs, les barbicans et les pygargues vocifères accompagnent ses premiers pas hors du village, couvrant de leurs cris la musique creuse des bidons accrochés aux flancs de l'âne. Elia n'y prête pas attention. Peut-être devrait-elle. Peut-être leur ramage veut-il la mettre en garde. Car depuis que son premier sang menstruel a coulé, à son insu son sort en a été jeté. Elle sera, Elia, soumise au Kusasa fumbi, ce rite sexuel selon lequel les vierges sont déflorées par des hommes que l'on appelle les hyènes. Après La Chaise numéro 14, avec ce roman situé au Malawi, Fabienne Juhel interroge une nouvelle fois les rapports de force au sein d'une communauté et la figure du paria. Mais elle fait vivre aussi par la force de sa poétique si singulière un territoire riche d'espèces panchroniques, où l'homme n'est jamais bien loin de ses prédateurs, le monde même où s'est forgée l'humanité.

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08 janvier 2021

Entre fauves - Colin Niel

  

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des derniers ours. Mais depuis un an et demi, on n’a plus trouvé la moindre trace de Cannellito, le seul plantigrade avec un peu de sang pyrénéen qui fréquentait encore ces forêts, pas d’empreinte de tout l’hiver, aucun poil sur les centaines d’arbres observés. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. L’histoire des hommes, n’est-ce pas celle du massacre de la faune sauvage ? Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique. Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas. Et rien de ce qui s’est joué, quelques semaines plus tôt, en Afrique.

Entre chasse au fauve et chasse à l’homme, vallée d’Aspe dans les Pyrénées enneigées et désert du Kaokoland en Namibie, Colin Niel tisse une intrigue cruelle où aucun chasseur n’est jamais sûr de sa proie.

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Colin Niel a réussi un magistral tour de force avec ce nouveau livre : celui d'avoir réussi à me captiver et me passionner avec une chasse aux fauves en Afrique, au cœur en Namibie, dans le Kaokoland. Comme beaucoup je pense, je suis sensibilisée à la protection de l'environnement, à la défense des espèces, animales et végétales, qui disparaissent pourtant par milliers depuis ces dernières années. Je m'intéresse au devenir de la planète et me soucie du bien être animal. Je mange bio, je limite ma consommation de viande, j'essaye de faire attention aux poissons que je consomme, je privilégie le local et responsable... Je trie, je recycle, j'achète et vrac et je fais ma lessive. Comme beaucoup aussi, malgré tout, j'ai mes contradictions quand il s'agit de traverser la France en voiture pour aller randonner dans les Pyrénées, quand j'aspire à pouvoir retourner en Angleterre ou en Norvège, quand j'accroche mes guirlandes électriques pour Noël à l'extérieur de la maison... Mais j'essaye de faire au mieux.

Je suis surtout horrifiée quand je tombe sur ces photos de gens richissimes qui traversent la planète en avion ou en 4/4 pour aller chasser le lion ou la gazelle et se pavanent sur Facebook avec les photos de leurs trophées. Je me révolte face au trafic d'animaux ou à l'élevage intensif. Je défends a priori la réintroduction des ours en montagne, même si je comprends très bien les craintes des éleveurs. En bref, je me suis forgée des points de vue, qui parfois sont tranchés, d'autres moins affirmés.

Et là, Colin Niel fait tout voler en éclats, avec une maîtrise et un talent qui se confirme de livre en livre. J'ai adoré suivre Apolline en Namibie, en quête du trophée ultime qu'est le roi des animaux, le lion, Charles dans le récit. Ce roman est l'histoire de cette traque, d'une chasse au cœur des paysages authentiques et préservés de l'Afrique. On est parfois aux côtés de la jeune femme, parfois dans l'esprit du lion. Et on suit les pistes, on cherche les traces. On s'approche et on rencontre les fauves bien plus que lors de nos visites au zoo. Apolline est une passionnée, de la nature, d'authenticité, elle a le goût de l'effort... et de la chasse aussi.

De l'autre côté, il y a Martin, garde expérimenté dans le parc national des Pyrénées, qui défend la présence des animaux, l'ours y compris. Martin qui s'enflamme et dépasse les limites dans sa lutte contre les chasseurs et les éleveurs qui voudraient bien voir disparaître cette menace de leurs montagnes. Martin fait partie d'un groupe qui débusque les chasseurs sur internet et les jette en pâture à la vindicte populaire. Il tombe, on s'en doute, sur la photo d'Apolline. Et c'est de ces récits parallèles dont il est question ici.

"La vérité, c’est que sur cette Terre que l’homme n’aurait jamais fini d’abîmer, il existait plus de lions en peluche que de lions vivants. Et c’est certain, un jour on en parlerait comme d’un animal du passé."


Comment vous dire à quel point j'ai été éblouie par ce roman ? Très certainement parce qu'il a réussi à bousculer mes convictions. Je n'ai sans doute pas changé d'avis... mais avoir partagé ces moments intenses, en Afrique ou dans les Pyrénées, transforme forcément. Je me suis fait violence au début, pour essayer de ne pas juger, de ne pas m'exaspérer ou me révolter contre ce qui me semblait un parti-pris pro-chasse. Et puis j'ai fini par lâcher prise et me laisser emporter par le récit. Ce roman est intense par la tension qui naît de la chasse, et qui monte au fur et à mesure que les chasseurs se rapprochent de leurs proies. Si, dans la première partie du récit, on découvre des univers exotiques, des personnages aux caractères bien trempés, des quotidiens, dans les montagnes ou la savane, on bascule ensuite dans le roman noir qui happe le lecteur et l'emporte, en apnée, jusqu'à la dernière page. J'ai englouti le dernier tiers de ce roman de 350 pages d'une traite. Pour un final... époustouflant et très malin !

J'ai découvert Colin Niel grâce à la Librairie Lise&moi qui l'avait invité à présenter ses romans. J'avais été passionnée par son discours sur ses récits qui se déroulent en Guyane. Il nous fait découvrir un pays, un univers, des personnages, en plongeant au plus profond des réalités. Ma sensibilité de "sociologue" se passionne par ces approches. J'avais lu Ce qui reste en forêt qui m'avait enthousiasmée. Mais j'ai découvert Colin Niel avec Seules les bêtes, qui navigue cette fois entre le massif central et l'Afrique, et qui fut un réel coup de cœur. L'auteur a ce talent de réussir à nous attirer et nous plonger dans des univers si lointains, si surprenants ; il sait attiser notre curiosité.

Bref, je vais en rester là... mais ne passez pas à côté de cet auteur. Ni de ce roman, particulièrement riche et qui suscite aussi la réflexion.

Entre fauves - Colin Niel
Editions du Rouergue - septembre 2020 - 336 pages


Vous pouvez aussi découvrir l'interview de l'auteur sur Babelio et découvrir les avis de Mots pour mots, Tant qu'il y aura des livres, ou des livres de k79.




25 avril 2019

Rade amère - Ronan Gouézec

Je n'ai pu assister au Comité de lecteurs sur les auteurs japonais faute d'avoir pu terminer suffisamment rapidement Le père Goriot et La septième fonction du langage. Cette fois-ci, hors de question de passer à côté du prochain rendez-vous qui met à l'honneur les auteurs bretons.

Si vous êtes tentés par l'aventure, voici la petite liste concoctée par les bibliothécaires. 6 titres, dont 2 que j'avais déjà lu : 
    - La fille à histoires, Irène Frain
    - Rade amère, Ronan Gouézec
    - Trois éclats toutes les vingt secondes, Françoise Kerymer
    - Fleurs de tempêtes, Philippe Le Guillou

J'ai donc commencé mon voyage en terre bretonne avec un premier roman, celui de Ronan Gouézec dont le titre et la couverture nous conduisent dans l'univers iodé de l'Atlantique.

07 septembre 2018

Ma dévotion - Julia Kerninon

Voici ma seconde lecture de cette rentrée littéraire 2018 dans le cadre du Rendez-vous des Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 initié par Lecteurs.com. Pour mémoire, mon avis de la page 100 disait à peu près ceci : [...] J'apprécie beaucoup l'écriture de Julia Kerninon, toute en douceur et subtilité, très aérienne. Très féminine aussi. La narratrice, Helen, interpelle son ancien amant, Frank, et partage avec lui ses souvenirs intimes de leur histoire commune. Le tutoiement, qui n'est pas habituellement un style que j'affectionne, me plaît beaucoup ici, il berce la lecture. La rythme avec douceur. L'histoire, enfin, a éveillé ma curiosité, et j'ai hâte de poursuivre ma lecture, avec peut-être une pointe d'inquiétude à l'abord de cette 100ème page : celle de m'ennuyer si le récit n'évolue pas…

Ma dévotion - Julia Kerninon.
Éditions du Rouergue, 22 août 2018, 304 pages.

09 août 2018

Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 - Avis de la page 100 (2/4)

Contente d'avoir retrouvé avec ce second titre de la rentrée littéraire 2018 le plaisir de la lecture. Il faut dire que mes trois précédentes lectures (L'écrivain national, Jardin de printemps et Personne n'est obligé de me croire) ne m'avaient pas enthousiasmée. Les 100 premières pages de Ma dévotion me redonnent espoir. J'apprécie beaucoup l'écriture de Julia Kerninon, toute en douceur et subtilité, très aérienne. Très féminine aussi. La narratrice, Helen, interpelle son ancien amant, Frank, et partage avec lui ses souvenirs intimes de leur histoire commune. Le tutoiement, qui n'est pas habituellement un style que j'affectionne, me plaît beaucoup ici, il berce la lecture. La rythme avec douceur. L'histoire a éveillé ma curiosité, et j'ai hâte de poursuivre ma lecture, avec peut-être une pointe d'inquiétude à l'abord de cette 100ème page : celle de m'ennuyer si le récit n'évolue pas... A suivre.


05 mars 2017

Seules les bêtes - Colin Niel

Direction les Causses, au cœur de l'hiver, où une femme disparaît. Colin Niel nous conduit dans ce pays austère, rude et isolé, dans lequel subsistent, sur les Causses, à l'écart du village, quelques fermes encore habitées par des hommes qui tentent de maintenir une activité paysanne. Construit avec les codes du polar, ce roman de Colin Niel est surtout un superbe portrait social et humain. Dans ces paysages arides, la vie des derniers survivants d'un monde en voie de disparition, rattrapés par la modernité et les aspirations de néo-ruraux, est magnifiquement décrite : les contraintes du paysage et de la météo, l'isolement et la solitude de ces paysans qui tentent de ne pas sombrer avec leur ferme et de maintenir leur activité.

Seules les bêtes - Colin Niel.
Editions Rouergue, janvier 2017, 224 pages.

02 septembre 2015

La chaise numéro 14 - Fabienne Juhel

Je ne me souviens plus des circonstances de cette acquisition ni de ce qui m'a fait me diriger vers ce titre. Aujourd'hui, plusieurs semaines après ma lecture (et plusieurs mois après mon achat), je dirais que j'ai été attirée d'abord par la couverture, puis par le titre du livre. Ce numéro 14 interpelle, plus encore que cette histoire de chaise. La quatrième de couverture, enfin, annonce l'histoire d'une jeune femme, Maria Salaün, qui, à la fin de la guerre, se retrouve tondue en public pour avoir connu l'amour avec un officier allemand. De cet officier et de sa relation avec Maria, on ne saura finalement que peu de choses. L'auteure s'attache surtout à nous faire partager la réaction de Maria à cette humiliation.

La chaise numéro 14 de Fabienne Juhel.
Éditions du Rouergue, La brune, 4 mars 2015. 279 pages