mercredi 6 juin 2018

Testament à l'anglaise - Jonathan Coe

Ca commençait pourtant bien : rendez-vous du Blogoclub ET du Mois anglais, cette lecture venait fort à propos. De plus, effort extraordinaire pour moi, j'ai emprunté mon livre à la bibliothèque ! J'ai pourtant hésité par ce que c'est une édition grand format, avec couverture rigide... je n'aime pas vraiment ce type de format. Après avoir hésité à filer à la librairie l'acheter en poche, je me suis dit que j'allais essayer de tenir un peu ma seconde résolution de l'année : après avoir décidé de faire baisser un peu ma PAL, je me suis dit que j'allais aussi essayer de retourner emprunter des livres à la bibliothèque. Sauf que là, ces 500 pages, représentaient un effort bien plus important qu'un simple emprunt en bibliothèque !

Testament à l'anglaise de Jonathan Coe.
Éditions Gallimard, octobre 1995, 498 pages.


Présentation de l'éditeur :

Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d'écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l'Angleterre des années quatre-vingt, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations...
Et si la tante Tabitha disait vrai ? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés ? Par une nuit d'orage, alors que tous sont réunis au vieux manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera...
Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l'establishment.


Ma lecture :

Quelle densité dans ce livre !

Le roman commence de manière assez classique. Nous entrons dans l'histoire par la porte du polar, en rencontrant la famille Winshaw, vieille dynastie riche et puissante d'Angleterre. La mort, au cours de la seconde guerre mondiale, de l'un des membres de cette illustre famille reste un mystère que le lecteur pense avoir à élucider au cours des 500 prochaines pages.

Sauf que Jonathan Coe ne nous propose pas ici un polar classique ! Loin de là. Au chapitre 3, il nous présente Michael Owen dont on sait qu'il sera plus tard chargé par Tabitha Winshaw d'écrire la chronique de la famille. Mais dans ce chapitre, nous le découvrons à 9 ans, avec sa famille, dans un cinéma.

Et ensuite, et ce jusqu'à la page 425 (sur 500 je le rappelle), nous naviguons des années 1940 à 1990, dans d'incessants aller-retours, entre les membres de la famille Winshaw et Michael Owen. L'auteur nous dresse des portraits acides de chaque Winshaw. Ces portraits sont chaque fois l'occasion d'égratigner farouchement la société anglaise, et plus généralement l'occident, dans tous ses travers. Avec Hilary, il s'en prend aux médias, corrompus et manipulateurs. Avec Henry, ce sont les politiques qui s'en prennent pour leur grade, aussi fourbes, méprisants et intéressés que faibles et profiteurs. Puis viennent des sujets tels que la cause animale, avec une Dorothy prête à toutes les violence pour son profit ; celui de la mesquinerie occidentale qui, tel Mark, œuvre pour la paix au grand jour et s'enrichi du commerce de la mort et des armes en coulisse ; Thomas lui, incarne l'impunité des puissants face à leurs actes et déviances - patron de banque, il profite de sa situation pour soutenir les actions de ses frères et sœurs, mais aussi pour assouvir ses fantasmes voyeuristes ; Roddy enfin, qui s'est lancé dans l'art pour faire des affaires et attirer les prétendantes au statut d'artiste dans son lit...

"Il y a des mois que je dis que nous devrions faire une émission sur Saddam Hussein et l'armement de l'Irak. Nous sommes dans la situation grotesque d'avoir passé les dernières années à lui vendre des armes, et maintenant nous faisons volte-face et nous l'appelons la Bête de Babylone parce qu'il s'est mis à les utiliser. On aurait dû y penser un peu plus tôt."

Entre temps, on accompagne l'évolution chaotique d'un écrivain sans grand talent à qui la vie n'a guère fait de cadeau. On comprend que son histoire n'est pas simple, mais on s'agace à le voir si passif et inerte. Les personnages secondaires qu'il rencontre, et qui ne sont pas anecdotiques, loin de là, contribuent à apporter des éclairages tant sur son caractère à lui que sur le comportement des Winshaw.

Si j'ai pu trouver la critique sociale qui est faite à travers les portraits des Winshaw très intéressante et pertinente, je pense qu'elle a un peu traîné en longueur. Les expériences de Dorothy par exemple, pour augmenter son profit dans l'élevage, au mépris tragique du bien-être animal, m'ont ennuyée. Mais une fois le livre refermé, on ne peut que constater que tout ce cadre apporte une grande cohérence sociologique à l'analyse du monde dans lequel nous vivons. Les comportements des Winshaw sont exaspérants, révoltants, scandaleux ! Mais c'est le monde dans lequel nous évoluons, plus ou moins passivement. L'épisode sur le système de santé en Angleterre est fantastique de réalisme ! Dramatique. Bref, j'ai trouvé ces portraits sont longs et caricaturaux.

Les 75 dernières pages nous ramènent à Winshaw Towers, la propriété sinistre de la famille, dans une atmosphère à la Agatha Christie, pour assister au dénouement de l'enquête. Ces dernières pages redonnent du rythme pour terminer la lecture. Malheureusement, la toute fin du roman m'a de nouveau déçue.

En conclusion, je reste sur un avis mitigé après cette lecture. Il y a plein de choses qui m'intéressaient, mais ce n'est qu'après coup, une fois toutes les connections faites, que j'ai trouvé l'intérêt de ces portraits détaillés. C'était un peu tard. La part de critique sociale et politique a pris une part à mon goût trop importante par rapport à l'enquête elle-même. Et pourtant, je suis sensible à ce type d'arguments dans les livres.
Ce roman, qui a valu à son auteur, une renommée internationale a obtenu en France le prix Femina étranger en 1995 et celui du meilleur livre étranger en 1996.

Pour avoir d'autres avis, et les coups de cœur, chez Miss Alfie, Eve, La petite marchande de prose, sur Le livre d'après ou Pralinerie.





11 commentaires:

  1. oh zut j'aurais voulu commencer par celui-la pour lire du Coe...je pense que j'irais en chercher un autre...;)

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    1. Les avis sont globalement très positifs sur cet ouvrage... Je suis sans doute passée à côté, mais cela vaut peut-être le coup de tenter ta chance ;-)

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  2. J'aime beaucoup Coe et celui-ci me tente bien mais je tarde un peu à le lire car il est long et je manque de longs moments de lecture pour bien en profiter...

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    1. Tu as raison, je pense qu'il faut du temps pour s'y plonger. J'ai plus apprécié la deuxième partie, parce que j'avais plus de temps à consacrer à ma lecture.

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  3. Bonjour !! j'ai d'autres priorités avant cet ouvrage et ton avis mitigé me fait un peu reculer... :-)

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  4. Tiens, j'aurais pensé que c'était une lecture faite pour toi.

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    1. Peut-être si je m'étais attendu à ça... Mais c'est vrai que je garde en tête pas mal de passages et les portraits sont intéressants. Mais longs !!!

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  5. Pour ma part, je crois que j'aurais beaucoup moins aimé le roman si ça n'avait été qu'une enquête. Il m'a semblé que c'était précisément les passages de satire sociale qui donnaient toute sa profondeur et son intérêt au roman :)

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  6. Pas aimé , mais pas ! Beaucoup moins encore que toi :)

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