dimanche 13 janvier 2019

Le jour où je me suis aimé pour de vrai - Serge Marquis

"Et vous, avez-vous commencé à vivre ?"

Attention, vous ne lirez pas là un roman classique. Car Serge Marquis est un spécialiste québécois en santé communautaire et santé mentale au travail. Il s'est intéressé à de nombreuses problématiques autour de la santé au travail. Il est venu faire une conférence là où je travaille, sur le thème de ses ouvrages "On est foutu, on pense trop ! " et "Pensouillard le hamster". Je n'ai pas pu y assister, mais les collègues m'en ayant dit beaucoup de bien, j'ai fait ma curieuse. Pour cette première lecture, j'ai choisi le sujet de l'Ego. Ou comment l'Ego impose sa dictature sur nos vies, comment il nous fait courir après des illusions plutôt que de profiter de ce que nous avons "ici et maintenant". Le roman soulève des questions et nous donne à réfléchir : il plante une petite graine qui germera, avec le temps.

Le jour où je me suis aimé pour de vrai - Serge Marquis.
Éditions Points, mai 2018, 279 pages.




Présentation de l'éditeur :

Maryse est une éminente neuropédiatre, une femme belle et intelligente, affreusement narcissique et persuadée d'avoir toujours raison. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l'émerveille et l'exaspère à la fois car il la confronte à des questions philosophiques : qu'est-ce que l'ego, cette chose dont tout le monde semble souffrir ?
Charlot va apprendre à sa mère qu'en se dépouillant de ses certitudes, on peut enfin accéder au lâcher prise et à l'intelligence du cœur. Et surtout : apprendre à s'aimer pour de vrai.


Ma lecture :

Je pensais inscrire cette lecture de développement personnel au challenge Feel Good proposé par Soukee. Mais je doute aujourd'hui, parce que s'il s'agit bien d'un livre de développement personnel, c'est aussi un roman pas toujours facile. Parce que si Maryse est neuropédiatre, elle travaille dans un service pour enfants atteints du cancer. Et forcément, si certains s'en sortent, ce n'est pas le cas de tous. Par ailleurs, Charlot, le fils de Maryse, est atteint d'une maladie qui le rendra progressivement aveugle. On croise aussi dans ce livre des enfants qui subissent des harcèlements à l'école, un autre qui se suicidera, une jeune fille qui muette qui se remet à parler avant de déclarer un cancer du sang…

Oui, bon, énuméré comme ça, ce n'est pas très enthousiasmant. Mais cela n'est pas vraiment le sujet du livre. C'est l'égo qui est au cœur de ce roman. L'égo qui empêche Maryse de voir ceux qui l'aiment, l'égo qui lui fait rechercher la lumière, la reconnaissance et les paillettes, au détriment de sa relation avec les autres, avec son fils. L'égo qui l'empêche d'aimer vraiment, de s'aimer elle mais aussi d'aimer les autres. C'est aussi l'égo qui a conduit au suicide de Hamid, celui des enfants qui ont besoin d'écraser les autres pour avoir l'impression d'exister, d'être comme les autres… ou mieux qu'eux.

Dans ce roman, ce sont les enfants et leurs douleurs qui vont permettre à Maryse, et aux lecteurs par la même occasion, de comprendre ce que détruit l'égo en nous même, dans notre relation aux autres. Comprendre combien la recherche de la lumière, de la reconnaissance et du regard des autres nous empêche d'être vraiment présent pour les autres, d'être ici… et pour nous même.

"Je n'avais pas vu que l'ego est encore une invention des hommes pour apaiser la peur du vide, du néant, du sentiment de ne pas exister. De l'absurdité. Je ne savais pas qu'on pouvait exister, à chaque instant, en laissant l'ego céder sa place à la Présence. Et qu'il suffit d'une seconde de Présence, pas plus, pour que le simple bain d'un oiseau dans une flaque d'eau fasse disparaître l'absurdité du monde."

Ce sont les remarques de chacun des personnages qui amènent le lecteur à s'interroger sur sa relation à son propre égo, sur ce qui est essentiel pour lui, sur sa relation à l'autre… Chaque lecteur y mettra de son histoire dans ce récit, qui revêtira ainsi une signification singulière pour chacun.

Pour ma part, j'ai apprécié ce questionnement autour de l'égo, autour de la confiance qui permet d'être tout simplement soi, sans nécessité de se distinguer, d'être meilleur ou plus intelligent que l'autre. Par contre le récit en lui-même ne m'a pas touché : trop de souffrances, de drames, de pathos. Je n'ai pas été touchée par les personnages, qui parlent comme des livres, par ces enfants qui font la leçon aux adultes et qui poussent tout seuls, par ces adultes qui ne pensent qu'à eux et sont irrités des leçons de leurs enfants. Les personnages m'ont particulièrement agacée.

Je pense que la démonstration de Serge Marquis aurait pu être toute aussi concluante avec un autre contexte, moins pesant, moins dramatique. Je n'ai pas été captivée par ce texte, même si les questions qu'il soulève sont passionnantes. Mais j'aurais aimé une lecture un peu plus… feel good.

"Hamid a appris comment sortir de la plus grande des dépendances, celle dont proviennent toutes les autres : la tentation permanente d’être quelqu’un. Il a révélé à Charlot le moyen de s’en libérer : « Il ne faut pas que tu aies tout le temps envie d’être aimé. Il faut juste que tu saches que tu es tout le temps capable d’aimer. Et que tu t’en souviennes toujours. » "

Je vous invite cependant à lire les avis d'Adeline, des Pages et des îles, Analire ou encore Light and smell qui ont, elles, des avis très positifs de cette lecture.


1ère lecture - pas tout à fait Feel Good…

2 commentaires:

  1. Un roman de développement personnel ? Un mélange intéressant.

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  2. Je comprends ton avis. J'ai éprouvé ça avec le dernier Laurent Gounelle que je vais chroniquer jeudi. Merci en tout cas de ta participation !

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