dimanche 1 octobre 2017

Le jour d'avant - Sorj Chalandon

Cela fait bien longtemps que je ne suis pas passée par ici... Le retour au boulot fin août s'est fait sur les chapeaux de roue, et je vois seulement le jour. Malheureusement, comme chaque fois que le professionnel prend autant de place, c'est la lecture qui en pâtit. J'ai ce désagréable sentiment d'être toute entière engloutie par mon environnement professionnel, et de n'avoir plus alors aucun espace mental disponible pour la lecture. Je reviens donc à l'air libre, ayant retrouvé le goût de la lecture et le temps de le partager avec vous. Je reviens avec cette dernière lecture, ma première et unique en cette rentrée littéraire (pour le moment, espérons), avec un auteur que j'ai découvert il y a presque 2 ans avec Profession du père, un titre que j'avais beaucoup aimé.

Le Jour d'avant de Sorj Chalandon.
Éditions Grasset, 16 Août 2017. 336 pages.

Présentation de l'éditeur :

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.


Ma lecture :
 
Quel plaisir de retrouver Sorj Chalandon avec ce Jour d'avant !

L'auteur nous conduit ici dans l'univers des mines du Nord pas de Calais, à la rencontre des ouvriers, ombres silencieuses couverts de suie, des villes minières grises et étouffantes. Cette part de récit historique et social m'a passionnée. J'étais déjà sensibilisée par cet univers à travers les bribes de l'histoire familiale de mon mari dont les grands-parents paternels sont arrivés en France par ces mêmes mines. Je n'en sais pas grand chose, mais ces quelques fragments ont éveillé ma curiosité. J'ai ensuite découvert l'histoire et les mots de la mine dans un récit jeunesse de la collection Romans docs chez Bayard, La véritable histoire de Louise, petite ouvrière dans une mine de charbon.

Dans le récit de Sorj Chalandon, l'histoire est tragique. On y croise des mineurs exploités, plongés dans les entrailles de la terre, dans la poussière, le danger, la peur... ressortant à la lumière courbés sous le poids des souffrances physiques, crachant leurs poumons remplis de particules de silice. Les mineurs ont la certitude, en entrant au service des Houillères du Nord, qu'ils n'en ressortiront pas vivants. Que ce soit à cause d'accidents quasi quotidiens, de la silicose qui les prive de leur retraite ou de drames comme celui du 27 décembre 1974 dont il est question dans Le Jour d'avant, et qui fit 42 morts.

Michel Flavent fait partie des "victimes" de la mine : son frère est mort "des suites de ses blessures" quelques jours après la catastrophe de décembre 1974, son père s'est suicidé après le décès tragique de son fils aîné, sa mère est morte, seule, les amis, les familles, tous ont été touchés par les morts de la mine. Les villes ressemblent à des villes fantômes, grises et poussiéreuses, pleurant sans fin leurs morts. Et Michel Flavent porte sa vie durant, le poids de ces tragédies avec comme seul espoir de délivrance, la possibilité de venger sa famille de la Mine.



En soi ce récit est riche, intense, historiquement passionnant. Mais comme dans Profession du Père, la vérité n'est pas toujours celle que l'on donne à voir. Et l'auteur sait ménager ses effets, bousculer son lecteur par des révélations déstabilisantes. Il relance ainsi l'intérêt pour le récit. L'auteur a une réelle aisance à mêler les faits historiques au parcours de ses personnages. Cela en fait un roman passionnant, troublant, et un véritable hommage au monde ouvrier des Houillères du Nord.

Ce texte est ma première lecture parmi les livres parus en cette rentrée littéraire 2017, et la première que je conseillerai vivement. J'ai vraiment pris grand plaisir à relire cet auteur...

... comme beaucoup d'entre vous, chers blogueurs, si j'en crois les avis lus ici ou là : Sylire, Leiloona, Saxaoul ou encore Joëlle.


Première lecture





1 commentaire:

  1. Un auteur dont je n'apprécie pas le style. Mais l'historie de ce roman a l'air passionnante.

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