samedi 28 janvier 2017

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel

Première lecture pour le rendez-vous de février du Club des lecteurs de la librairie Lise&Moi auquel j'ai le plaisir de participer cette année. Un titre pour le moins intrigant pour ce roman de la rentrée littéraire de janvier 2017. La consigne de la libraire : ne pas regarder à quoi fait référence l'article 353 du code pénal. Je ne suis pas sûre que cela aurait changé quelque chose à ma lecture puisque ce n'est pas la fin, où l'on nous apprend à quoi cet article fait référence, que j'ai préférée dans ce récit très sensible et touchant.

Article 353 du code pénal - Tanguy Viel.
Les éditions de Minuit, janvier 2017, 174 pages.




Présentation de l'éditeur :

Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d'être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l'ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec.
Il faut dire que la tentation est grande d'investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer. Encore faut-il qu'il soit construit. 


Ma lecture :

Tout est dit dans ce résumé de quatrième de couverture : l'auteur nous invite à parcourir, avec le juge chargé de l'affaire, la chronologie des faits qui auront conduit Martial Kermeur dans son bureau et, surtout, ce qui l'a poussé à jeter le promoteur Antoine Lazenec par dessus bord, en pleine mer.

Mais rien n'est dit dans ces quelques mots de présentation de ce qu'ont vécu les habitants de ce petit village niché au creux de la rade de Brest, malmenés par le vent et la pluie. Rien sur la vie de Martial Kermeur, licencié des chantiers navals de Brest comme beaucoup d'autres dans la région. Mais alors que beaucoup d'anciens ouvriers des chantiers ont utilisé leur prime de licenciement pour s'acheter un bateau de pêche et profiter de la mer, Kermeur, rêveur, s'est laissé séduire par le bagou de Lazenec tout juste arrivé sur la presqu'île avec ses miroitants projets  immobiliers... Si, comme Kermeur, les habitants du village ont été nombreux à y engloutir toutes leurs économies, ils ne verront jamais rien sortir de terre sur ce front de mer qui les a tant fait rêver.

Tourments dans la rade de Brest


Et c'est au récit de ces 6 années d'attente, d'espoir et de désillusions que s'attache Kermeur, dans un style parlé rempli d'humanité, de sensibilité et de sincérité. On y découvre les espoirs des hommes et des femmes de ce petit bout du Finistère, petit bout de fin de terre balayé par le vent et par la pluie où l'on n'attend plus rien de l'avenir.

Il ne se passe pas grand chose dans ce livre, mais le récit de Martial Kermeur est émouvant. On le sent dépassé par les évènements, lui qui ne demandait rien d'autre que de profiter de son fils et de la vue sur la mer. On partage les sentiments de cet homme balayé par l'ambition et la malhonnêteté de Lazenec. On comprend ce qui a conduit au drame, rendu nécessaire pas la violence déployée par ce promoteur sans scrupules. Par contre, je n'ai pas compris le dénouement : le positionnement du juge et l'usage qu'il peut faire de ce fameux article 353 du code pénal. Je n'en dirai pas plus mais cette issue m'a mise mal à l'aise.

Même si j'ai trouvé quelques longueurs à ce récit et un dénouement peu réaliste, j'ai bien aimé l'ambiance de ce livre et le portrait qui nous est tracé de la Bretagne et de ses habitants, j'ai apprécié la langue, si originale et si poignante.

"Maintenant je sais, Monsieur le juge, je sais comment on transmet tant de mauvaises choses à un fils, si sous l'absence de phrases il y a toujours tant d'air chargé qui va de l'un vers l'autre, selon cette porosité des choses qui circulent dans une cuisine le soir quand on dîne l'un en face de l'autre, et que peut-être, dans la trame des jours qui s'enchaînent, tous ces repas où il m'a raconté sa journée de collège et le métier qu'il voudrait faire plus tard, tous ces soirs où je ne l'écoutais pas vraiment, cela, croyez-moi, ça travaille comme une nappe phréatique qui hésiterait à trouver sa résurgence." (Article 353 du code pénal - Tanguy Viel - Les éditions de Minuit - page 92)

Vous ne trouverez pas d'avis négatifs sur ce livre, ceux que j'ai pu lire sont unanimes. Je vous invite à découvrir notamment les avis de MicMéLo, Cinéphile, Mots pour mots, From the avenue...



1ère lecture RL janvier 2017


4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Les avis sont unanimes : je suis peut-être une des modérés.

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  2. J'aime beaucoup Tanguy Viel, j'ai acheté ce roman mais ne l'ai pas encore lu, ça va venir...

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