vendredi 19 février 2016

Les dits de Nantes - Françoise Moreau

Nantes. C'est chez moi. J'y suis née, j'y travaille. Je n'y ai jamais vécu, mais je tourne autour, plus ou moins proche. Dans cet ouvrage, Françoise Moreau fait revivre pour nous des épisodes de la vie des nantais. Elle ressuscite une ville qui a aujourd'hui presque totalement disparue, à part dans les souvenirs dans anciens nantais. De ces anciens qui savent ce qu'est le pont transbordeur, qui parlent encore des magasins Decré et qui connaissent l'histoire des Batignolles, qui sont allés supporter les Canaris à Saupin, qui ont entendu parler des cars Drouin... C'est tout cela, entre autre, qui a forgé mon histoire familiale. Et c'est ce Nantes aujourd'hui disparu qu'évoque ici Françoise Moreau. Mais ce court recueil de cinq nouvelles est loin de n'être que cela...

Les dits de Nantes de Françoise Moreau.
Éditions L'Oeil ébloui, octobre 2015. 84 pages.


Présentation de l'éditeur :

« Tout le monde comprend que Madame Notaire, Madame Pharmacien, Madame Docteur aillent faire leurs emplettes aux Grands Magasins Decré, ça tombe sous le sens. D'ailleurs, elles se font conduire en voiture ou la conduisent elles-mêmes, et on ne les verrait jamais faire le pied de grue sur la place de l'église pour prendre le car Drouin. On comprend que La-femme-à-François-Bizeul retourne faire un tour à Nantes de temps en temps, vu qu'elle en vient. Tandis qu'une Rolande... ou une Nicole Meignen... On plaint les maris ! » 
Le pont Maudit, La Madeleine de l'Hôtel-Dieu, Le car Drouin, La traversée de Nantes, Le serment du quai de la Fosse, cinq nouvelles précédées d'une longue dédicace au proviseur adjoint du lycée Jacques Demy.
 
 
Les cars Drouin - Nantes


Ma lecture :

Si ces nouvelles font revivre le Nantes de l'après-guerre, elles ne sont heureusement pas que cela. Nul besoin d'être nantais pour saisir le charme de ces atmosphères désuètes qui se dégage de ces récits. Car il est ici surtout question de liberté, d'amour et de rêves. De ces jeunes filles en robe vichy qui rêvent au prince charmant qui saura les faire danser toute la nuit, des jeunes hommes qui croient que la guerre est loin derrière eux quand l'ordre de mobilisation générale pour la seconde guerre mondiale est placardé sur les murs nantais. Françoise Moreau nous raconte aussi ce que les cars ont bouleversé de la vie bien tranquille des familles dans les villes de banlieue, quand les femmes pouvaient prendre leur part de liberté et quitter ce foyer parfois si étouffant, le temps d'une balade en ville, chez le coiffeur, dans les grands magasins ou pour prendre un thé.

Magasin Decré - Nantes


Tout sonne tellement vrai dans les récits de Françoise Moreau. J'imagine bien, sur toutes les routes de France, combien les premières expéditions de quelques dizaines de kilomètres en voiture ont pu être une épreuve pour ceux qui s'aventuraient en famille en dehors de leur quartier, qui pour aller visiter la fille établie dans le vignoble, qui pour aller pique-niquer au bord de la mer... et ce retour, déjà, dans les embouteillages.

J'ai adoré le style de Françoise Moreau, un tantinet suranné parfois, et tellement juste lorsqu'il fait part des commérages des voisins ou de la famille : le monde est si petit ! Point d'internet ni de télévision, le quotidien est à notre porte et les histoires s'imaginent aussi dans la proximité. C'est la chaleur, l'assurance et le confort des proches, mais c'est aussi leur regard permanent, pesant... Que l'on est loin de cela aujourd'hui, nous qui ne connaissons plus nos voisins et dont la famille est éparpillée aux quatre coins du pays (ou du Département... c'est selon).



Jamais nostalgiques ni déprimants, les récits de Françoise Moreau prêtent bien souvent à sourire, avec un air de connivence : "mais tout cela est tellement vrai !" Un bon moment de lecture, une plongée bien agréable dans un passé pas si lointain.



Nantes - Le pont transbordeur du futur ?


Une belle présentation de ce texte sur le site de Mobilis, pôle régional des acteurs du livre et de la lecture en Pays de la Loire.



  





2 commentaires:

  1. J'aime les nouvelles. Je pense que ce livre pourrait me plaire.
    Bon dimanche.

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  2. Je suis Nantaise et ton livre me tente bien et plairait sûrement à mes parents, deux Nantais qui adorent l'histoire de la Cité des Ducs.

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