jeudi 3 mars 2016

Ni d'Eve ni d'Adam - Amélie Nothomb

Je ne suis vraiment pas fan de Nothomb. En fait, j'ai beaucoup d'a priori concernant cette auteure. Le fait que l'on parle d'elle à chaque rentrée littéraire est une des explications.
Et que dit-elle dans ses romans ? A vrai dire je n'en sais rien parce que les nombreux avis négatifs sur ses livres m'en ont totalement éloignée. Un point de vue que la lecture de son ouvrage paru en 2008 et ayant obtenu le Grand prix Jean Giono, Le fait du prince, n'a fait que confirmer. Il ne m'est rien resté de cette lecture, à part un avis définitivement négatif.
Et pourtant, quand on m'a prêté ce livre, j'ai bien voulu retenter l'expérience...

  Ni d'Eve ni d'Adam de Amélie Nothomb.
Éditions Lgf, Le livre de poche, novembre 2009. 183 pages.


Présentation de l'éditeur :

Stupeur et tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employées. Ni d’Eve ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un tokyoïte très singulier.


Ma lecture :

En fait, ce sont ces quelques mots de la quatrième de couverture qui m'ont tentée. J'avais vu Stupeur et tremblements au cinéma, et j'avais adoré. A tel point d'ailleurs que je suis toujours surprise de ne pas voir le visage de Sylvie Testud en couverture des livres d'Amélie Nothomb. Les deux sont irrémédiablement liées dans mon esprit. Enthousiasmée par le film, je l'ai été tout autant par le livre que j'ai lu après, ce qui est assez rare pour être souligné. Il est assez singulier en effet, pour moi en tout cas, d'être autant séduite par le film que par le livre dont il est tiré. Une qualité à attribuer tant à l'écrivain qu'au réalisateur et scénariste du film, Alain Corneau, et à l'actrice Sylvie Testud, qui me semblait montrer avec talent la fraîcheur de cette jeune fille perdue au pays de son rêve nippon.

J'avais beaucoup aimé dans ce livre le côté ethnographique du récit, ainsi que la sensibilité de l'auteur, son esprit, son humour et sa culture. Je retrouve tous ces ingrédients avec Ni d'Eve ni d'Adam. En effet, j'ai été enchantée par cette lecture. Et c'est une heureuse surprise.


Ile de Sado - Japon

Dans ce texte, Amélie Nothomb nous parle d'elle. Mais contrairement à ce à quoi je m'attendais, point d'ego surdimensionné dans ces pages. Nous découvrons en effet une jeune étudiante, éprise à la folie d'un pays, le Japon, qu'elle redécouvre à 20 ans, une quinzaine d'années après l'avoir quitté. La jeune fille redécouvre ce pays à l'aune de ses souvenirs, mais également par son expérience de l'amour, avec un jeune japonnais qu'elle avait comme élève pour des leçons de français. Et grâce à cette rencontre, le lecteur plonge dans un univers stupéfiant, où les japonnais pensent voir des ovnis à l'arrivée des rois mages, où des règles séculaires gouvernent à la vie de chaque individu, où les pèlerinages sur le mont Fuji sont incontournables pour qui veut devenir un vrai japonais (y compris les japonais eux-mêmes)... Cette découverte d'un peuple si exotique m'a pas passionnée. L'affection que porte l'auteur aux japonnais est sensible et enthousiasmante. Ce récit ethnographique n'a rien de statique, scientifique ni austère. Il n'est pas un documentaire. Il est très sensible, plein d'humour et d'empathie également. C'est un aspect très réussi de ce livre.

L'autre aspect de ce livre qui m'a véritablement séduite, est la présentation du pays, de ces paysages, de la nature, puissante et tellement évocatrice. Une nature à la fois poétique et puissante, bouleversante et terrifiante, douce et mortelle aussi. L'expédition de la narratrice en montagne, au cœur d'une surprenante tempête de neige, est magnifiquement décrite. On y perçoit à la fois l'attrait indescriptible de la nature, ce besoin d'aller jusqu'au bout et de se laisser submerger par la poésie de ces chutes de neige, et l'angoisse de ne pas sortir vivant de cette expérience. Le retour à la civilisation est lui aussi très révélateur, où le japonnais reste stoïque quelle que soit la situation : "Il y a une impossibilité technique à raconter le sublime. Soit on n'est pas intéressant, soit on est comique."


Mont Fuji (3776m) - Japon - Patrimoine mondial de l'Unesco

Cette citation témoigne bien, je trouve, d'une autre qualité de Amélie Nothomb, son style et sa qualité littéraire. Très érudit, ce livre est d'une grande richesse. Les références sont nombreuses, à la littérature bien sûr, au cinéma, à l'Histoire, à l'art... sans jamais être étouffantes. On perçoit la culture de l'auteur sans que cela ne soit de l'étalage. Cette culture est une réelle plus-value au récit, c'est un plaisir de lecture supplémentaire. Outre le style très frais et très spontané de l'auteur, on y rencontre beaucoup d'humour, sans jamais aucun mépris ni sentiment de supériorité : que demander de plus.

Bref, pour quelqu'un qui n'aimait pas l'auteur, je suis parfaitement conquise... Voici un aspect de l'auteur que j'aime beaucoup. Peut-être retournerai-je chercher dans la bibliographie de Amélie Nothomb des titres où elle parle d'elle, et de ce Japon qu'elle aime tant.
 

 



6 commentaires:

  1. Depuis Stupeur et tremblement ,l'auteure me déçoit. Mais il est vrai que je n'ai pas lu celui-ci.

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    1. Je partage ce point de vue, d'où mon enthousiasme pour ce titre.

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  2. J'ai aussi beaucoup aimé le livre et le film !

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    1. Je ne savais pas qu'il y avait eu un film tiré de ce récit : tentant...

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  3. J'ai lu deux Nothomb à 10 ans d'intervalle et je n'ai aimé ni l'un ni l'autre. Alors celui-ci, dans 10 ans peut-être...
    Bon dimanche;

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    1. Cela dépend sans doute des titres lus... A part Stupeur et tremblements, je n'ai pas non plus été séduite jusque là. Ni d'Eve ni d'Adam me donne envie d'être de nouveau curieuse. Mais plutôt des récits où elle parle d'elle et du Japon.

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