vendredi 27 juillet 2012

Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier

Présentation de l'éditeur :
 
Vers quelle forêt secrète se dirige la photographe partie à la recherche d'un certain Boychuck, témoin et brûlé des Grands Feux qui ont ravagé le nord de l'Ontario au début du XXe siècle? On ne le saura pas. Boychuck, Tom et Charlie, dorénavant vieux, ont choisi de se retirer du monde. Ils vivent relativement heureux et ont même préparé leur mort. De fait, Boychuck n'est plus de ce monde au moment où s'amène la photographe. Tom et Charlie ignorent que la venue de la photographe boulversera leur vie. Les deux survivants feront la rencontre d'un personnage aérien, Marie-Desneige. Elle a 82 ans, tous ses esprits, même si elle est internée depuis soixante-six ans. Elle arrivera sur les lieux comme une brise espérée alors que la photographe découvrira que Boychuck était un peintre et que son œuvre était tout entière marquée par le Grand Feu de Matheson. C'est dans ce décor que s'élabore Il pleuvait des oiseaux. Nous voici en plein cœur d'un drame historique, mais aussi pris par l'histoire d'hommes qui ont choisi la forêt. Trois êtres épris de liberté et qui ont fait un pacte avec la mort. Un superbe récit à la mesure du grand talent de Jocelyne Saucier.
  

Ma lecture :         
 
Peu de coups de cœur dans ce blog, mais cela arrive quand même parfois. Il y a beaucoup de livres que j'apprécie, d'autres que j'aime vraiment beaucoup. Et parmi toutes ces lectures, se glissent parfois quelques perles. Ce livre en est une. Il m'a été envoyé par  Argali à l'occasion du  swap "Fais-moi plaisiiir !". Quelle belle idée.
 
En sortant l'ouvrage de son emballage, j'ai immédiatement été séduite par la qualité de l'édition : j'aime beaucoup ce type de livres, la qualité du papier. Néanmoins, la photo sur la couverture me laissait dubitative. Difficile à interpréter. Difficile de savoir ce qui m'attendait. Le titre ensuite... Pas beaucoup plus explicite. C'est le résumé en quatrième de couverture qui m'a conquise. Les choses ne me sont pas parues beaucoup plus claires, mais le mystère qui semblait entourer cette histoire m'a enthousiasmée. Le Canada d'abord, un pays que je ne connais pas mais qui me laisse rêveuse.  Des épisodes de grands incendies. Des personnages, vieillissants. Une photographe qui vient rencontrer un certain Boychuck, déjà mort à son arrivée. Une vieille femme au nom magique, internée depuis 66 ans... Je me demandais bien de quoi pouvait parler ce livre.
 
Pour faire simple, ce livre parle d'amour, de vie et de liberté ! Et nous donne une belle leçon, de vie justement.
Ce n'est pas un livre particulièrement joyeux, plutôt un livre mélancolique. Mais quelle réussite. Quelle beauté de l'écriture ! Car c'est la première chose à souligner : la qualité du texte. Madame Saucier aime la langue et les mots, et ça se voit. La lire est un vrai délice. Elle prend le temps et c'est également appréciable. Elle prend le temps de nous faire découvrir cette forêt, mais jamais nous ne trouvons le temps long.
 
"L'endroit était ravissant. La colline qui descendait en pente douce jusqu'au lac est couverte d'un vert puissant, une forêt de conifères qui absorbait la lumière de cette belle matinée de soleil et la répandait comme un long fleuve tranquille. C'était d'un calme majestueux. L'îlot de bicoques, logé dans une large éclairice de forêt au pied de la colline, était touchant de fragilité. Petit poste d'observation adossé aux remparts de la forêt, il avait l'immensité du lac qui s'offrait à lui. J'imaginais les matins de Boychuck à contempler tout cela." (Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - WYZ éditeur - page 31)
 
La construction du texte également est très agréable. Chaque chapitre est précédé d'une rapide présentation de ce qui va suivre. Une mise en situation. Ce n'est pas une redite, ni une introduction, mais un effet de style savoureux.
 
La langue utilisée est légère, même lorsque le sujet est grave. Car c'est de très vieilles personnes dont Jocelyne Saucier nous parle. Chacune d'entre elles vit ses derniers moments. Derniers jours ou dernières années. Et pourtant le ton n'est pas lourd. L'histoire est pleine d'espoir, de sérénité, de douceur... et d'amour. Le texte poétique, subtil. L'évocation de la nature est puissante, enchanteresse, presque magique.
 
L'histoire est souvent douloureuse. Ces Grands Feux dont Jocelyne Saucier nous parle sont les grands incendies du début du siècle qui ont eu lieu en Ontario, centre-est du Canada. J'ai découvert cette tragédie avec ce roman. Là encore, la plume de Jocelyne Saucier fait des merveilles. Elle nous fait partager l'horreur qu'ont connu les populations, sans pour autant tomber dans le pathos. Sans chercher à nous faire pleurer.
 
"Quatre hommes attendaient la venue des anges dans un étang. De l'eau jusqu'aux aisselles, de longues traînées boueuses sur le visage et de grands yeux hébétés, ils se croyaient les derniers humains de la terre. Avec eux dans la lumière dorée, un orignal qui avait trouvé refuge dans l'étang et, perché sur l'épaule du plus jeune d'entre eux, celui qui a raconté, un oiseau qui pépiait à s'égosiller.
Ils ont vu passer le jeune Boychuck." (Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - WYZ éditeur - page 73)
 
Ce livre soulève plein de questions auxquelles il ne répond pas toujours. Cela laisse entre ce texte et son lecteur comme un fil qui les relie longtemps après la dernière page tournée. Je suis passée à d'autres lectures depuis, mais je reviens souvent à ce livre. Cette lecture est très certainement de celles qui m'auront marquée.
 
Merci à  Argali de m'avoir fait découvrir cette auteure.
 
 
Quelques extraits :
 
"Tous les matins, ils ont cette conversation, à quelques variantes près, qui ne les mène nulle part. Ce sont leurs derniers moments de solitude à eux deux, car très bientôt la communauté du lac s'adjoindra la minuscule petite vieille aux yeux de braise et la femme baraquée qui a pris prétexte de la légende Boychuck pour leur rendre visite." (Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - WYZ éditeur - page 65)
 
"La vieille dame avec ses cheveux mousseux et ses mains comme de la dentelle avait la fragilité d'un oisillon. Il avait l'impression qu'il lui suffirait de souffler dessus pour que l'oisillon tombe de son siège. Cette pensée le gêna. Plutôt que lui souffler dessus, il avait envie de la prendre au creux de sa main et de ramener l'oisillon à son nid. Une pensée qui l'intimida encore davantage." (Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - WYZ éditeur - page 87)
 
"La peur du loup est ancienne. Ce sont les puissances de la forêt qui s'éveillent dans la nuit et votre petitesse d'humain qui se recroqueville en un poing serré au fond de l'estomac." (Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier - WYZ éditeur - page 150)
 
J'en reste là parce que la totalité des 179 pages de ce livres sont à relever.
 
 
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Une lecture que j'inscris au défi  La plume au féminin proposé par Opaline.
 
 

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