vendredi 15 décembre 2017

Une mère - Alejandro Palomas

Comment ne pas succomber à une telle couverture, si pimpante, pétillante, lumineuse, espagnole ! En plus quand elle est assortie d'une référence à Almodovar, pourquoi résister ? Cette bouche ambiguë relève effectivement du registre d'Almodovar qui traite avec talent du thème de l'identité sexuelle. C'est aussi, en partie, le sujet de ce roman. Comme toujours, quand les couvertures me font de l'œil, je fonce. Sauf que là, même si l'histoire est séduisante, l'insertion en couverture évoquant "une comédie familiale déjantée et touchante, digne d'Almodovar !" m'a semblé un peu usurpée... De ce fait, j'en attendait sûrement plus, ou du moins autre chose, et j'ai été déçue. Dommage de vouloir "sur-vendre" ainsi un livre qui avait beaucoup de qualités.

Une mère de Alejandro Palomas.
Éditions du Cherche Midi, 16 mars 2017, 320 pages.


Présentation de l'éditeur :

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.
Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

Alejandro Palomas brosse avec humour le portrait d’une famille dont les travers font inévitablement écho à nos propres expériences, et celui d’une mère loufoque, optimiste, et infiniment attachante. Une mère profondément humaine, à qui il reste encore quelques leçons à transmettre à ses grands enfants : au cours de cette longue nuit, secrets, mensonges, non-dits et autres révélations familiales vont éclater.
Prenez place à table. Vous allez être servi !


Ma lecture :

Ce livre est le dernier de ceux que nous avons pu découvrir grâce au club des lecteurs de la librairie. C'était il y a déjà plusieurs mois mais je n'avais pas pris le temps de rédiger mon billet. Si après tout ce temps ma mémoire s'est très certainement émoussée, je garde le souvenir de ma déception et du sentiment d'imposture lié à la présentation du livre par la maison d'édition. A trop vouloir en faire on ne sert pas le texte.

Pour l'éditeur original, Siruela, il n'était pas question d'Almodovar, de comédie déjantée, d'excitation, de mère loufoque... L'humour n'était pas absent, mais l'éditeur espagnol mettait plutôt en avant l'histoire d'une mère attachante, bienveillante, d'une mère qui relie, d'une famille unie malgré les distances et les non-dits. Il présentait un portrait d'une femme courageuse et attachante, des membres de la famille qui en dépendent et de son énergie propre à faire face à la vie et à leurs histoires particulières. Que d'écart entre ces deux présentations !

Sauf que le texte et le récit, eux, sont les mêmes... J'en veux à l'éditeur de ne pas avoir été honnête dans la présentation du livre. J'attendais tellement autre chose que j'en ai été déçue. L'histoire, pourtant, était belle. Les personnages sont vrais, touchants, exaspérants parfois, tendres toujours. Touchés et blessés par la vie, ils savent revenir à l'essentiel, à cette famille qui les soutient malgré tout. Loin d'être "loufoque", la mère est fragile, touchante par tant de naïveté et de perspicacité à la fois. Son comportement pour accepter la vie telle qu'elle se présente à elle, pour faire œuvre de résilience, la met en marge et peut prêter à sourire. Mais il est aussi attendrissant.

"Quand je ne serai plus là, tu auras cette couverture. Tu pourras te couvrir avec en hiver pendant ta sieste et moi, je serai heureuse parce que ce sera comme si je te faisais tous ces câlins dont tu as besoin et que tu ne me laisses jamais te faire."

C'est une part d'humanité que nous donne à voir Alejandro Palomas, à travers sa diversité, ses forces et ses faiblesses. J'attendais de la folie, de l'énergie, j'ai trouvé une succession de caractères plein d'émotions, un récit sans excès, malgré les nombreuses révélations qui se succèdent autour de cette tablée familiale. J'aurais aimé en savoir plus sur le narrateur, Fernando, très perspicace dans sa connaissance des petites faiblesses de toutes ces femmes qui l'entourent, mais si discret pour ce qui le concerne. J'aurais également aimé entendre plus la mère, non pas dans son expression perçue de l'extérieur, mais à travers son histoire, ses sentiments et ses ressentis.

Ne vous fiez donc pas à ce qu'en dit la couverture et vous pourrez alors savourer cette soirée en compagnie d'une famille à la fois unie et minée par les secrets.

Nombreuses et nombreux sont pourtant celles et ceux qui ont été conquis/ses (c'est ça la prose inclusive ??!) par ce texte, qui en ont perçu l'humour décapant et l'énergie vivifiante. Alors allez voir du côté de chez Voyages au fil des pages, Lectures gourmandes, Une française dans la lune... pour vous faire un avis plus complet.


52ème session : mère

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