samedi 3 octobre 2015

Beloved - Toni Morrisson


2 mois...
A peine...
Cela fait presque deux mois que je me débats avec ce livre.
Vous auriez abandonné depuis longtemps pensez-vous ?
J'y ai souvent songé...
Cependant, cette histoire m'a touchée, intéressée. Je voulais en connaître le dénouement. Alors, je me suis accrochée, écorchée par l'écriture abrupte de Toni Morrisson. J'ai tenu bon, n'ai sauté aucune page, aucun mot.
Les dernières pages sont plus fluides, à moins qu'il m'ait fallu tout ce temps pour m'y habituer, à moins que j'ai choisi un meilleur jour pour m'y plonger pleinement... Cependant...

Beloved de Toni Morrisson.
Éditions 10/18, mai 2008. 380 pages.
Présentation de l'éditeur :

Inspiré d'un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l'horreur et la folie d'un passé douloureux. Ancienne esclave, Sethe a tué l'enfant qu'elle chérissait au nom de l'amour et de la liberté, pour qu'elle échappe à un destin de servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable. Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire et transcende la douleur des opprimés. Prix Pulitzer en 1988, Beloved est un grand roman violent et bouleversant. 

Ma lecture :

L'invitation à découvrir cette auteure lauréate du prix Nobel de littérature 1993 vient de chez Sylire et de son désormais célèbre Blogoclub. Voyant qu'un nouveau titre était attendu pour la rentrée littéraire 2015, je me suis lancée bien en amont dans cette lecture de Beloved, pensant découvrir ensuite Délivrances.

Seulement voilà, c'était sans compter avec le style ardu de l'auteure...

Le sujet m'intéressait beaucoup. Ce livre, qui a fait connaître Toni Morrisson en France, nous raconte l'histoire de Sethe, une ancienne esclave ayant fuit sa condition pour rejoindre sa belle-mère dont la liberté a été acheté par son fils, Halle, le mari de Sethe. Si les premières semaines de liberté (28 jours très exactement), sont l'occasion pour Sethe de goûter à cette nouvelle vie, de profiter de ses enfants, et la vie laborieuse mais tranquille de sa ville d'adoption, sa destinée d'esclave se rappellera à elle de la plus douloureuse des manières. Voulant protéger ses enfants de cette condition inhumaine, Sethe tuera son enfant, Beloved, qui la hante désormais.

Beloved (USA - 1998)


J'ai beaucoup aimé l'histoire que raconte Toni Morrisson dans ce livre, pleine de sensibilité et de violence également. Le récit de la condition de l'esclave, de ce passé vécu par Sethe et Paul D est bouleversant. Le choix que fait Sethe en préférant ôter la vie de ses enfants plutôt que de les voir privés de leur liberté, de leur humanité, est poignant. Le récit des relations de Sethe avec ses filles, Denver, la bien vivante, et Beloved, image de sa culpabilité, est également très émouvant. On comprend à quel point ce poids du passé empêche Sethe de savourer sa liberté, d'aimer Denver pleinement... On partage la détresse de cette famille, détruite par cette soif de liberté. Les personnages, féminins, sont de cette force qui font l'Histoire : Baby Suggs, la belle-mère, qui porte l'espoir de la communauté affranchie, Sethe qui essaye d'avancer malgré son choix de sacrifier la vie de ses enfants pour leur éviter l'aliénation, Beloved, qui vient à la fois chercher l'amour et la vengeance, et enfin Denver qui, contre toute attente, sera celle par qui l'espoir pourra renaître.

Malheureusement, j'ai été privée de la force de ce récit par le style de l'auteur. La relation surnaturelle entre Sethe et Beloved, la place de cette dernière dans la maison, le n°124 de la rue, sont décrites avec tant de lyrisme, de métaphores, laissant tellement d'ombres dans le récit... que j'ai trouvé le style de l'auteur souvent confus, décousu. Il ne se passe finalement pas grand chose au cours de ces presque 400 pages, le lecteur est plongé dans l'intimité de cette maison, dans l'esprit et les souvenirs des femmes qui l'habitent. Le récit du passé et de l'esclavage donne de la consistance à ce roman, mais je me suis malheureusement trop souvent lassée et perdue dans les considérations psychologiques de Sethe, Denver et Beloved, que ce livre m'est tombé des mains. Je me suis accrochée parce que je voulais connaître l'histoire de Sethe, de sa fuite, l'histoire de Beloved et de Denver. Mais j'ai le sentiment d'être passée à côté de tant de non-dits, de sous-entendus...

"...Beloved risquait de partir. De partir avant que Sethe puisse lui faire entendre que pire - bien pire que cela - était ce dont Baby Suggs était morte, ce qu'Ella savait, ce que Payé Acquitté avait vu et ce qui faisait trembler Paul D. Que tout Blanc avait le droit de se saisir de toute votre personne pour un oui ou pour un non. Pas seulement pour vous faire travailler, vous tuer ou vous mutiler, mais pour vous salir. Vous salir si gravement qu'il vous sera à jamais impossible de vous aimer. Vous salir si profondément que vous en oubliiez qui vous étiez et ne pouviez même plus vous en souvenir. Et alors même qu'elle, Sethe, et d'autres étaient passés par là et y avaient survécu, jamais elle n'aurait pu permettre que cela arrive aux siens. Le meilleur d'elle, c'étaient ses enfants. Les Blancs pouvaient bien la salir, elle, mais pas ce qu'elle avait de meilleur, ce qu'elle avait de beau, de magique - la partie d'elle qui était propre." (Beloved, Toni Morrisson, Edition 10/18, mai 2008, page 346)

On ne peut pas mettre tant de temps à lire un livre et "souffrir" autant à sa lecture, et en garder un souvenir agréable. C'est dommage parce que l'histoire de ces femmes, de l'esclavage, de Paul D également... m'intéressait et me touchait réellement. Je pense quand même lire Délivrances, il est semble-t-il plus accessible...

Ce livre était donc lu, laborieusement, dans le cadre du blogoclub. Je vous invite donc à aller lire d'autres avis sur ce texte, en particulier celui de ClaudiaLucia qui en a fait un superbe billet. D'autres avis sur les romans de Toni Morrisson chez Sylire.


 



5 commentaires:

  1. Je ne peux pas juger : je n'ai encore rien lu de cette auteure. Un jour sûrement...
    Passe une bonne semaine.

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  2. Réponses
    1. A lire les billets à gauche à droite, il me semble effectivement être passée à côté de quelque chose. C'est la raison pour laquelle j'irai quand même lire Délivrances. A bientôt !

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  3. C'est mon préféré de l'auteure mais c'est vrai qu'il est difficile d'accès.

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