samedi 13 décembre 2014

Selon Vincent - Christian Garcin


Ce titre est ma troisième lecture issue de la sélection de 10 romans proposée par le Comité de lecteurs de décembre dans le cadre de la rentrée littéraire française  2014. Parmi les titres proposés, j'avoue avoir eu du mal à en choisir qui m'interpelaient. Un seul d'entre eux figurait dans la liste des titres que j'avais retenus, Le cercle des femmes de Sophie Brocas, mais les avis critiques le concernant m'en ont détournés. Après L'amour et les forêts, de Eric Reinhardt et La fractale des raviolis de Pierre Raufast, je me suis donc orientée vers ce Selon Vincent de Christian Garcin, ma première rencontre avec l'auteur.


Présentation de l'éditeur :

Dans les années 1990, un homme qui se croit possédé quitte métier, maîtresse, femme et enfants pour s’exiler au bout du monde. En 1812, juste avant le passage de la Bérézina, un soldat napoléonien est fait prisonnier par les Russes et confie à des feuilles volantes le détail de ses deux terribles années de captivité. En 2013, deux amis, l’un franco-chinois, l’autre franco-argentin, partent en Patagonie à la recherche de l’oncle de l’un d’eux, disparu depuis vingt ans, et rencontrent le propriétaire de la Lune. En 1882, un médecin astronome participe à une expédition internationale vers la Terre de Feu pour observer les mouvements de la planète Vénus, et établit des contacts avec les Indiens Yahgans, dont le peuple fut exterminé quelques décennies plus tard. Ces histoires n’en forment qu’une, qui rebondit de chapitre en chapitre autour d’un drame inavoué, entre Marseille et Punta Arenas, la Russie et les paysages grandioses du sud de la Patagonie.

Ma lecture :

Quelle est donc cette mode de faire entrer dans un seul livre une foultitude d'histoires qui pourraient être des nouvelles et qui se doivent de dégager une cohérence d'ensemble pour le dénouement ?

J'ai commencé cette série avec L'Ile du point de Némo de Jean-Marie Blas de Roblès, un récit très riche et décalé, proche des grands romans d'aventure à la Jules Verne, mais que j'ai trouvé parfois un peu long. J'ai plongé ensuite dans La fractale des raviolis de Pierre Raufast, à la construction très originale qui rend la lecture très agréable. Je poursuis aujourd'hui avec Autour du monde de Laurent Mauvignier qui est également une compilation d'histoires ayant pour thème central le tsunami qui s'est produit au Japon en mars 2011.

Selon Vincent se place dans la continuité de ces lectures, entrecoupées d'un très beau recueil de nouvelles, Snapshots, et d'articles de presse de l'entre deux guerres, Vivre de Milena Jesenska... Peut-être cela est-il beaucoup pour moi qui suis peu habituée à lire des nouvelles. Toujours est-il que je ne suis pas parvenue à me sentir concernée par ces différents récits.

L'histoire commence par le point de vue de deux jeunes hommes, Paul et Rosario, deux amis qui se retrouvent chez la mère de Rosario, au Chili. La narrateur alterne, entre Paul et Rosario, entre le présent et le passé, entre la France et le Chili. Si l'on a désormais l'habitude des romans chorale, je me suis ici un peu perdue entre ces deux protagonistes, trop semblables pour avoir une personnalité forte et identifiable.


Fjord Ultima Esperanza - Chili

Nous rencontrons ensuite Vincent, qui a donné son nom au roman. 64 longues pages pour nous décrire la vie de ce professeur, distant et terne, qui essaye de trouver un sens à sa vie, coincé entre sa famille et ses maîtresses. La vie de Vincent tourne un peu en rond, se répète, et m'a terriblement ennuyée. Je n'ai pas trouvé le personnage sympathique, ni antipathique d'ailleurs. Je n'ai ressenti aucune émotion face à son histoire.

Ce passage se mélange avec un autre récit, encadré en bas de pages, qui se poursuit sur une cinquantaine de pages, celui d'un soldat napoléonien, fait prisonnier par les russes. Là encore, je n'ai pas compris le sens de cette mise en parallèle, la plus value de cette construction. On perçoit bien l'intérêt du récit historique pour le professeur d'Histoire qu'est Vincent. On voit bien qu'il y a un lien avec l'histoire de ces familles, celle de Rosario notamment... Mais ce lien, comme la construction du récit, m'est parue artificielle, contrainte. A l'issue du roman, la lumière aurait dû se faire sur le lien qui unissait tous ces parcours... mais je le cherche encore. Cela m'a complètement échappé. En fait, cela m'a semblé tellement artificiel que je n'ai pas eu envie de reprendre ma lecture depuis le début pour comprendre ce qui reliait ce personnage aux autres.

Nous rencontrons ensuite Augustin Hyades (au cours des années 1882-1883) qui tient un journal sur une expédition scientifique en Patagonie. Ce récit est également un lien subtil entre le soldat napoléonien et Vincent et Rosario, plus d'un siècle plus tard. Ce passage en lui-même est intéressant, mais toujours aussi difficile à relier naturellement aux autres histoires.


Paysage de Patagonie


Même chose avec Wilfried La Brea, un américain qui fait fortune en vendant des parcelles de Lune ou de Vénus. Une rencontre fortuite qui est supposée donner du sens au récit dans son ensemble. Une seconde rencontre tout aussi hasardeuse quelques jours plus tard toujours en Patagonie.

Le style enfin, qui alterne entre récit, journal, mémoires, notes, dialogues... encore selon moi une compilation qui m'est apparue superficielle, indigeste. Pourquoi une telle accumulation ? Il ne me semble pas que cela apporte au roman. 

J'en resterai là. De nombreux récits parallèles, beaucoup d'histoires qui s'entremêlent, des personnages qui se croisent sans que l'on perçoive toujours leur singularité, des voyages, des époques variées, du contenu historique, scientifique, géographique... Ce roman est très riche d'ingrédients. Mais pour ce qui me concerne, la sauce n'a pas pris. J'ai eu l'impression de lire un exercice de style qui a perdu le sens de l'essentiel en en faisant trop.

 "La lune est pleine. Je sais bien qu'ailleurs, des bêtes invisibles s'entretuent dans la nuit des forêts. Je sais bien que partout de fragiles créatures meurent dans l'indifférence de tous. Mais je me dis que je verrai peut-être ce soir les eaux soudain agitées de mouvements secrets, puis une forme oblongue crèvera la surface luisante avant de disparaître en silence, et ce sera le dos d'une baleine, suivie de son baleineau. J'en aurai les larmes aux yeux. Ensuite il sera temps." (Selon Vincent, Christian Garcin - Ed. Stock - 2014 - page 304)

Si le dénouement est assez réussi, il ne parvient à me sortir de cette sensation d'assez grande confusion.
J'aspire désormais à retrouver un texte "simple", développant une intrigue unique, avec un début et une fin. Ce ne sera pas le cas avec le livre que je viens d'entreprendre : Autour du monde, Laurent Mauvignier, en espérant néanmoins y trouver une plus grande fluidité !


Un récit trop lent, disparate et dispersé,
qui n'aura pas su m'emporter.


Selon Vincent de Christian Garcin. Éditions Stock, 2014. 304 pages.


Les avis, plus positifs (voire enthousiastes) de Sharon, Lili Galipette et de Anne.


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Il s'agit de ma troisième lecture dans la liste proposée par ma bibliothèque et reprise pour le Comité de lecteurs de décembre et de ma 11ème lecture de cette rentrée littéraire 2014.


   http://itzamna-librairie.blogspot.fr/2014/10/comite-de-lecteurs-decembre-2014.html   http://delivrer-des-livres.fr/challenge-1-2014-les-lectures-participants/



 

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