lundi 6 octobre 2014

L'Ile du Point Némo - Jean-Marie Blas de Roblès

Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès
 Titre : L'Ile du Point Némo

Broché : 464 pages
Éditeur : Zulma
Collection : Littérature
  Édition : 21 août 2014


Un récit d'aventure totalement surréaliste.



Présentation de l'éditeur :

Roman d’aventures total, tourbillonnaire, conquérant, véritable machinerie de l’imaginaire où s’entrecroisent et se percutent tous les codes romanesques, la littérature populaire, entre passé historique et projection dans le futur, nos hantises programmées et nos rêves d’échappées irrépressibles.
Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock…). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château… Voilà donc Holmes, son majordome et l’aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés – pour commencer – dans le Transsibérien à la poursuite de l’insaisissable Enjambeur Nô.
Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s’inscrire dans les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo.  Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques…
Avec une ironie abrasive, ce roman-tsunami emporte toutes les constructions réalistes habituelles et ouvre d’extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi la plus piquante réflexion sur l’art littéraire, doublée d’une critique radicale des idéologies et de la gouvernance anonyme, tentaculaire, qui nous aliène jusque dans notre intimité.


Ma lecture :


Rien ne manque à ce roman. La présentation qu'en fait l’Éditeur n'est qu'un petit aperçu de ce que vous pourrez trouver dans ce livre particulièrement dense. Il s'agit d'abord d'un récit d'aventure, qui nous entraîne avec vivacité de Paris à l’Écosse, de Sibérie vers Pékin puis l'Australie et enfin, l'Ile du Point Némo. Holmes et son acolyte Canterel, dandy français richissime, se lancent à la recherche du diamant dérobé à Lady MacRae. Nos deux héros et leur troupe se lancent dans un tour du monde à la Jules Verne, à bord d'un autocar Cottin & Desgouttes d'abord, puis du transsibérien, d'un dirigeable à hydrogène, Le Mediator, et enfin d'un voilier, le Black Orpheus. Très début XXème siècle, le récit nous conduit à travers les grands classiques du roman d'aventure.

Autobus - Cottin & Desgouttes


Parallèlement à ce premier récit, nous suivons l'histoire d'une fabrique de liseuses implantée en Dordogne. Se croisent alors de nombreux personnages tout aussi farfelus les uns que les autres : le patron Wang d'abord, particulièrement pervers et grand amateur de pigeons voyageurs, le couple Bonacieux obsédé par l'absence de désir du Monsieur pour sa dame et prêt à tout pour y remédier, Charlotte et Fabrice, amoureux transis qui s'observent du coin de l’œil, Arnaud qui refait l'histoire des lecteurs engagés dans les usines cubaines de cigares pour sa belle Dulcie plongée dans un coma profond, Marthe et Chonchon, Jean-Johnny, Louise Le Gall, la DRH... Il y a de quoi y perdre son latin.

Au-delà de cette multitude d'histoires et des très nombreuses péripéties de chacune d'elles, l'auteur s'amuse à déstabiliser son lecteur en lui lançant quelques signes qui semblent remettre en question toutes les certitudes qu'il pouvait avoir jusqu'alors. Jean-Marie Blas de Roblès prend un malin plaisir à mélanger ses ingrédients pour mieux bousculer son lecteur. Finalement, rien n'est ce qu'il y paraît. A certains moments, les récits se croisent, mais c'est pour mieux nous faire douter de ce que nous avons compris du récit jusque là. Et pourtant, tout s'enchaîne avec une relative facilité. La lecture est aisée, une fois intégrés l'ensemble des personnages. Ce tourbillon, cette densité est jubilatoire.

Lecteur pour les ouvriers d'une usine cubaine.


Jean-Marie Blas de Roblès prend aussi prétexte de ce roman pour distiller de nombreuses réflexions sociétales et politiques (sur l'environnement, la course à la croissance effrénée, la science, la médecine et le progrès...). Beaucoup de remarques tournent également autour du livre et de la littérature, dans un rôle émancipateur (au sein des usines cubaines) ou comme outil de distinction sociale, quand l'objet acquiert plus de valeur que son contenu (combien de livres non lus dans nos bibliothèques...).

"Lorsqu'un lecteur montait à la tribune, personne ne regardait jamais dans sa direction. Les ouvriers l'écoutaient religieusement, concentrés sur le travail de leurs mains plus que sur sa voix, mais butait-il sur un mot, accentuait-il une pause quelques secondes de trop, que des regards anxieux se levaient vers lui. La fumée des cigares - tous, hommes et femmes, en consommaient - stagnait dans l'atelier comme un nuage d'encens ; on retenait les raclements de gorge, même le cliquetis des couteaux semblaient baisser d'un ton. Ce silence d'église, mesure exacte de leur attention, faisait du pupitre de lecture un autel de vérité." (L'Ile du Point Némo, JM Blas de Roblès, Ed. Zulma, pages 387-388)

Un bémol néanmoins pour ce qui me concerne, je me suis lassée de toutes ces péripéties et rebondissements, des détails et analyses. Je n'en voyais pas la fin. La très (trop) longue description du Musée Barnum m'a ennuyée. Les émois sexuels de Carmen et Dieumercie ne m'ont pas intéressée, pas plus que les lubies de Monsieur Wang. Je me suis perdue, en Australie, sur les traces de Nénuphar renversé... Cependant, après une petite pause de quelques jours, je suis repartie avec enthousiasme dans l'aventure de Holmes et Canterel. Et le dénouement totalement inattendu de ce roman permet de clarifier les nombreuses zones d'ombres que l'auteur s'ingénie à placer dans le récit.

"Elle savait que le monde moderne en finirait tôt ou tard avec la lecture à haute voix dans les fabriques, que la radio et la télévision accompliraient jusqu'au bout leur oeuvre mortifère, mais elle espérait un sursaut, une résistance, une révolte. Comment lui dire que cette bataille-là était perdue ?" (L'Ile du Point Némo, JM Blas de Roblès, Ed. Zulma, pages 389)

Un roman très dense, très riche, documenté, et totalement décalé, qui aurait peut-être mérité, selon moi, une cinquantaine de pages de moins.

Pour vous faire une autre idée, allez voir chez Yv, Hélène, Papillon ou Sophie.


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Il s'agit de ma troisième lecture pour cette rentrée littéraire 2014.


http://delivrer-des-livres.fr/challenge-1-2014-les-lectures-participants/


6 commentaires:

  1. C'est un roman assez époustouflant. Quand le dénouement nous éclaire sur la construction, j'ai salué la performance de l'auteur. Ma chronique n'est pas sur mon blog mais ici : www.unidivers.fr/ile-du-point-nemo-jean-marie-blas-de-robles

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  2. Quel roman d'aventures n'est-ce pas ? Je comprends que l'on puisse se lasser mais il en reste tout de même une forte impression !

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  3. Un auteur dont j'aime beaucoup les longs romans.

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  4. Je ne connais pas mais, d'après ce que tu en dis, ce roman doit être dense, en effet.
    Bon vendredi.

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  5. Je note, malgré tes bémols (moi aussi je crains les rebondissements permanents et parfois inutiles ) mais si la chute est réussie, ça peut me convenir.

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