mardi 26 août 2014

L'attrape-cœurs - J.D. Salinger

 
Auteur : J.D. Salinger
 Titre : L'attrape-cœurs

Broché :  253 pages
Editeur : Pocket
  Edition : Décembre 2013

  Le très beau récit d'une errance adolescente.

    


Présentation de l'éditeur :

Phénomène littéraire sans équivalent depuis les années 50, J. D. Salinger reste le plus mystérieux des écrivains contemporains, et son chef-d’œuvre, " L'attrape-cœurs ", roman de l'adolescence le plus lu du monde entier, est l'histoire d'une fugue, celle d'un garçon de la bourgeoisie new-yorkaise chassé de son collège trois jours avant Noël, qui n'ose pas rentrer chez lui et affronter ses parents. Trois jours de vagabondage et d'aventures cocasses, sordides ou émouvantes, d'incertitude et d'anxiété, à la recherche de soi-même et des autres. L'histoire éternelle d'un gosse perdu qui cherche des raisons de vivre dans un monde hostile et corrompu.

Ma lecture :

C'est le hasard qui a mis entre mes mains, le même jour, un roman de Joyce Maynard et cet attrape-cœurs de J.D. Salinger. Les deux auteurs ont effectivement eu une courte relation au cours de l'année 1972, que raconte Joyce Maynard dans son livre Et devant moi, le monde. J'ai découvert Joyce Maynard avec Les filles de l'ouragan, dont je vous parlerai très bientôt. Je découvre Salinger avec ce roman culte, L'attrape-cœurs.

Les avis sont très divers sur ce livre, allant d'un enthousiasme débordant en faisant un réel chef-d’œuvre, à la déception la plus vive. Sans me placer dans un état d'euphorie excessive, je dois reconnaître avoir énormément apprécié ce livre.

Les  premières pages m'ont pourtant fortement troublées et questionnées. Le style m'a déstabilisée. Le narrateur, un jeune homme de 17 ans, utilise un langage familier, souvent vulgaire. Il parle, à la première personne, comme si nous étions un(e) de ses ami(e)s. Ce style est la particularité de ce roman. S'il déstabilise au début, il est finalement sa réelle force. C'est lui qui m'a fait entrer pleinement dans ce roman.

"Au foot, les filles étaient plutôt rares. Seulement les Seniors avaient le droit d'en amener. Y a pas à  dire, Pencey est une sale boîte. Moi j'aime bien être quelque part où on peut au moins voir de temps en temps deux ou trois filles, même si elles font que se gratter les bras ou se moucher ou juste ricaner bêtement ou quoi." (L'attrape-coeurs, J.D. Salinger, Pocket, page 11)

Holden Caulfield, notre jeune narrateur, vient de se faire renvoyer une nouvelle fois d'un collège. Nous sommes à trois jours de Noël et le jeune homme n'ose pas rentrer chez lui. Il quitte le collège pour rejoindre New-York où vit sa famille, mais il préfère errer dans la Ville. Ce sont ces trois jours d'errance que nous partageons avec lui. Issu d'une famille plutôt aisée, Holden ne se retrouve pas à la rue. Il n'en reste pas moins confronté à la solitude, la peur, le froid, les désillusions. Pendant ces trois jours, il partage avec le lecteur son point de vue sur la vie et la société dans laquelle il vit. On comprend vite qu'il n'est pas à sa place dans le milieu dans lequel il évolue. Mais le serait-il ailleurs, rien n'est moins sûr.

"On m'a donné une chambre pourrie, avec comme vue par la fenêtre l'autre côté de l'hôtel. De la vue ou pas de vue, je m'en tamponnais. J'étais trop déprimé pour que ça me touche. Le groom qui m'a conduit à ma piaule était un très vieux type, dans les soixante-cinq piges. Je l'ai trouvé encore plus déprimant que la chambre pourrie. C'était un de ces gars au crâne déplumé qui essaient de cacher leur calvitie en ramenant en travers les cheveux qui leur restent sur le côté. Moi, plutôt que de faire ça, j'aimerais mieux être chauve. En tout cas, quel boulot exaltant pour un type dans les soixante-cinq piges. Trimbaler les valises des autres et attendre le pourboire. Je suppose qu'il était pas trop intelligent mais c'est quand même effroyable." (L'attrape-coeurs, J.D. Salinger, Pocket, page 79)

Holden Caulfield semble être un garçon intelligent, réfléchi. Mais il est aussi un solitaire, insatisfait et plutôt morose. Dépressif probablement. Il traîne sa peine dans les rues de New-York, dans les taxis, des hôtels miteux où il fait des rencontres douteuses. Il s'en sort plutôt bien parce qu'on sent qu'il a de la ressource. Son milieu, son éducation le lui permettent. Malgré tout, il est très critique envers tout ceux qui l'entourent. Tout le monde le déçoit. Sa vision du monde est très sombre, négative. La dépression toujours. Sa vision de la réalité semble très largement fantasmée. Il s'attarde sur des détails et se questionne beaucoup. Trop. Il interprète chaque évènement de façon très négative. On sent la maladie poindre nettement dans les dernières pages du livre et on peut se demander comment ce jeune homme s'en sortira. Ce récit est celui du naufrage d'un adolescent qui ne trouve pas sa place dans le milieu qui est le sien.

"Elle bloquait tout le passage. Ça se voyait qu'elle adorait bloquer le passage. Le serveur attendait qu'elle dégage mais elle ne faisait pas attention à lui. C'était marrant. Ça se voyait aussi que le serveur l'aimait pas trop, et jusqu'au type de la Navy qui l'aimait pas trop, même s'il la rancardait. Et moi non plus je l'aimais pas trop. Personne. Aurait plutôt fallu la plaindre." (L'attrape-coeurs, J.D. Salinger, Pocket, page 108)

Malgré ces aspects très sombres, cette violence dans les propos, ce livre est aussi drôle, caustique plutôt. J'ai ri et souri souvent. Holden évolue dans le monde avec une certaine nonchalance qui nous le rend sympathique. Ce récit est un beau témoignage de ces adolescents qui vont mal, embourbés qu'ils sont dans une vision très négative de la vie et des relations aux autres. Heureusement, ils ne sont pas majoritaires.



C'est enfin, une belle description des États-Unis des années 1950. Je ne peux que vous le conseiller.

D'autres avis, pas toujours aussi positifs, chez Argali, Asphodèle, Miss Bouquinaix ou chez A propos des livres.


**********

Ce titre est à inscrire au Challenge Un mot, des titres proposé par Calypso. Il s'agit également d'un classique pour le rendez-vous mensuel de Stéphie et d'un livre culte (ou à avoir lu au moins 1 fois).

http://metaphorebookaddict.wordpress.com/2012/08/22/challenge-romans-cultes/  http://deslivresdeslivres.wordpress.com/2013/04/20/challenge-les-100-livres-a-lire-au-moins-une-fois/  http://aperto.libro.over-blog.com/   
http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-2014-la-page/






2 commentaires:

  1. Une de mes très bonnes lectures d'ados.

    RépondreSupprimer
  2. C'est la réflexion que je me faisais : les ados devraient aimer ce titre si on leur en proposait la lecture au lycée.

    RépondreSupprimer