jeudi 15 novembre 2012

Les vieilles - Pascale Gautier

Auteur : Pascale Gautier
Titre : Les vieilles

Poche : 215 pages
Editeur : Gallimard - Folio
Sortie février 2012

Une jolie comédie douce-amère
 




Présentation de l'éditeur :

Il y en a une qui prie, une autre qui est en prison, une autre encore qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est plus rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à commenter les faits divers, à critiquer leur progéniture qui ne vient pas assez, à s'offusquer de l'évolution des mœurs... Elles savent que le monde bouge, et qu'elles devraient changer leurs habitudes, mais comment faire, à leur âge ? Aussi, l'arrivée de Nicole, une «jeunesse» qui entame tout juste sa retraite, et l'annonce d'une catastrophe imminente, vont perturber leur quotidien. Ce nouveau roman de Pascale Gautier est irrésistible par sa fraîcheur, sa volonté de prendre avec humour le contre-pied de certaines idées reçues sur la vieillesse.

Ma lecture :

Voici un petit texte que j'ai découvert sur vos blogs. Le petit sourire malicieux de cette charmante grand-mère en couverture a fini de me décider.
Après ma lecture laborieuse de "La malédiction des colombes", j'avais besoin d'un petit livre sympatique et vite lu. C'est ainsi que j'espérais ce texte, et c'est ainsi qu'il fut.

"Les vieilles" est d'abord un petit livre plein d'humour, mais c'est aussi une description très sensible des caractères de ces petites vieilles qui n'espèrent plus rien désormais qu'une mort douce. Et ces petites mamies ne sont forcément de gentilles petites vieilles : leurs enfants et petits-enfants les fatiguent avec leurs conseils et leur soi-disante bienveillancee, certaines leur en veulent de leur imposer leur bru pendant que les autres ne veulent pas rendre les clés de la voiture (certes, elles n'y voient plus très clair mais elles roulent doucement...) ; certaines veulent encore séduire et cherchent à prendre du bon temps avec les petits jeunes de passage ; d'autres parlent avec leur mari disparu et venu faire une petite visite dans le jardin ; et certaines encore attendent la fin...

Dans ce livre, il y a Lucette, que l'on surprend toujours au téléphone avec Maguy, la soeur de Mauricette... sauf que Lucette ne semble pas bien sûre de savoir qui est Mauricette, pas plus que Maguy d'ailleurs... Mais enfin, elle finit par faire la conversation. Elle a de la chance Lucette, son fils pense à elle. Chaque fois qu'il vient la voir, ce qui lui arrive quand même parfois, il lui ramène un nouveau téléphone.

"Elle est assise près du téléphone. Elle attend et oublie qu'elle attend. Elle pense à son fils qui n'est jamais là mais qui l'appelle tous les jours. Il lui a annoncé ce matin qu'il venait de lui acheter un nouveau téléphone en pharmacie. Un spécial pour vieille ! Avec des touches encore plus grosses que celui qu'elle a sur la commode. Et sur chaque touche on peut mettre la photo de celui qu'on appelle. Il va lui installer ça ! En plus des autres téléphones. Ce sera géant." [Les vieilles - Pascale Gautier - Folio - page 136]

Il y a Madame Rouby, qui en a toujours voulu à son mari de devoir toujours lui obéir... et qui lui en veut encore plus aujourd'hui qu'il est mort avant elle et la laisse comme ça, toute seule ! Il y a Madame Rousse qui écoute sa télé toute la journée et en fait profiter tout le quartier. Il y a Madame Chiffe qui prie pour tout le monde et pour chacun, les vivants comme les morts. Il y a... tellement ! Elles sont tellement nombreuses toutes ces vieilles à habiter Trou !

" - Vous les avez vues ?
- Vu qui ? Les vieilles ?
- Oui ! Le plus grand rassemblement de vieilles de la région ! Elles sont là tous les après-midi. On dirait les hirondelles, quand elles se préparent à partir et qu'il y en a des centaines sur les fils électriques. C'est effarant ! Hélas ! Contrairement aux hirondelles, elles ne s'envolent jamais..." [Les vieilles - Pascale Gautier - Folio - page 82]

Mais ce texte n'est pas uniquement drôle et léger. De par son sujet globalement, mais également par les portraits de vieilles qui sont dressés avec tant de sollicitude. On ressent la lassitude, l'agacement, la révolte, l'ennui, les regrets, la colère, la sérénité, parfois un peu de folie... Tous ces personnages évoquent des choses pour nous, lecteurs. Et c'est ce qui fait la saveur de ce livre.

"Avec Gilbert, c'était autre chose. Ils n'ont pas eu besoin des mots. Ils étaient ensemble, et cela a rempli les journées, les semaines, les années. Elle n'a pas vu le temps passer. Il faut longer le nouveau cimetière pour arriver à la pompe à essence du Super-U. Comme elle ne voit pas grand-chose, elle met du temps à comprendre que tout est surpeuplé. Il y a un embouteillage ! Que de voitures, que de corbillards ! Elle en est tout estomaquée et, de surprise, cale." [Les vieilles - Pascale Gautier - Folio - page 166]

Une jolie comédie douce amère.


**********

Une lecture à inscrire au défi "Une plume au féminin" proposé par  Opaline - Biblimaginaire.



1 commentaire:

  1. Depuis quelques temps, ce livre me fait de l'oeil... Je le note !

    RépondreSupprimer