mardi 16 octobre 2012

Gueule d'hexagone - Collectif Argos

Auteur : Collectif Argos
Titre : Gueule d'Hexagone

Poche : 288 pages
Editeur : Intervalles
Sortie le 15 octobre 2012

Une lecture d'une très grande richesse.






Présentation de l'éditeur :

A quoi ressemble la France d’aujourd’hui ? Qui sont ses habitants ? Comment se connecte-t-elle au village mondial ? Quel chemin a-t-elle parcouru depuis cinquante ans ? Telles étaient quelques-unes des questions que se posaient les douze auteurs de Gueule d’Hexagone avant de commencer leur travail. Pour ce projet étendu à six territoires français, six binômes, associant chacun un écrivain et un photographe, furent constitués et une méthode de travail spécialement conçue. Objectifs : renouer avec l’enquête de terrain au long cours, raconter dans chaque lieu une histoire éclairante, associer les habitants aux différentes étapes des reportages.

Souvent décalés, très variés dans leur style comme dans leur approche, les six récits révèlent des facettes peu connues de l’Hexagone, découvrent des lignes de forces inédites, déplacent quelques repères réputés inamovibles. Dans leur dialogue, ces histoires ébauchent un portrait dynamique et inattendu de la vie française en ce début de millénaire.


Ma lecture :

J'ai reçu cet ouvrage samedi matin par courrier, dans le cadre de l'opération Masse Critique proposée par  Babelio. Je me suis bien vite jetée dessus, et tout aussi vite été un peu déçue... La couverture et la mise en page ne sont pas très glamour (oui, en effet, ce n'est pas vraiment ce que l'on demande à un tel ouvrage), mais, pire, les photos que j'ai feuilletées ne m'ont pas intéressée du tout. Ca commence mal me direz-vous...

Et pourtant, j'ai rapidement voulu voir de quoi il en retournait. Et j'ai commencé par le dernier reportage. Pourquoi le dernier ? Parce que j'ai été déçu par ce premier aperçu du livre et que, quitte à ne lire qu'un seul reportage, autant que ce soit celui d'une région m'intéressant : la Bretagne, et en l'occurence Plozevet, dans le Finistère.

Et à partir de là, tout s'est enchaîné très vite et le livre était terminé dimanche soir !

Tout m'a énormément plu dans cet ouvrage : les récits et les portraits que nous font chacun des binômes de ce projet, l'angle des reportages, la vitalité des récits, la qualité du texte, l'intérêt évident que portent ces binômes aux régions présentées et aux acteurs de ces récits, et puis, et non le moindre, la qualité des photos retenues et le message qu'elles transmettent. Il ne faut surtout pas s'arrêter à la première impression qu'elles peuvent produire. Et ne pas fonder un jugement sur les photos seules. Dans chaque reportage, celles-ci sont présentées à la fin des 12 pages de texte. Et quand on en arrive là, il nous semble feuilleter un album de famille. Les lieux comme les visages nous semblent familiers. J'ai tourné les pages avec attention, chacun des clichés ayant un sens pour moi.

Créé en 2001, le collectif Argos rassemble dix journalistes. Autant d’auteurs investis dans une démarche documentaire fondée sur la nécessité de témoigner des mutations du monde contemporain. Que ces changements soient écologiques, économiques, politiques ou culturels, discrets ou spectaculaires, locaux ou globaux, néfastes ou porteurs d’espoir, l’être humain est toujours au cœur de leurs récits. En 2004, lorsque le collectif décide de travailler sur les conséquences du dérèglement climatique, il se tourne ainsi vers les populations les plus immédiatement menacées. Fruit de cette longue enquête, le livre Réfugiés climatiques a été réédité en 2010. Être au plus près des hommes et des femmes dont ils parlent, prendre le temps nécessaire pour construire une relation de confiance sont, pour les photographes et les écrivains d’Argos, les conditions sine qua non d’un travail conçu comme un outil de démocratie. Depuis son origine, le collectif Argos est également un laboratoire transmédia qui cherche à repenser la réalisation, l’écriture et la diffusion de ses projets dans un univers médiatique en pleine révolution.

Les apprentis - Jacques Windenberger


La lecture de cet ouvrage m'a ramenée quelques années en arrière, à mes années d'études à la faculté de Sociologie de Nantes. Durant l'année de Maîtrise, nous avions un cours de "Photographie". Il s'agissait alors non seulement d'étudier la pratique de la photographie dans un environnement social donné, mais également d'étudier la photo comme matériaux d'enquête sociologique. Et c'est bien ce à quoi s'attachent les membres du collectif Argos. Ils cherchent à décrire par le texte, à travers des résultats d'enquêtes, d'observations et d'entretiens, et par la photographie, des conditions de vie de groupes sociaux spécifiques. Des groupes qui sont à la fois singulier mais également représentatifs de ce qu'est la France. Ce livre est finalement le résultat d'une étude ethnographique des français.

Tous ces reportages ont fait sens pour moi : Plozevet et l'engagement du cuisinier du collège dans son environnement local et pour l'éducation des enfants à une alimentation saine et respectueuse de l'environnement ; Fos-sur-Mer et la cohésion et solidarité d'une équipe de football amateur sur fond de complexe industriel et pétro-chimique comptant pas moins de 13 sites classés Seveso ; Saint-Paul-sur-Ubaye et le quotidien d'un petit village de montagne où les nouveaux arrivants tentent d'insuffler un peu de vie et de solidarité dans les relations humaines ; Sarcelles, ville mondialisée où une centaine de communautés tentent de maintenir des liens de solidarité malgré les effets de la pauvreté ; Charmes, dans les Vosges, où la désindustrialisation massive fait des ravages et où l'Histoire n'est jamais bien loin qui laisse des traces douloureuses desquelles il est difficile de s'exonérer pour construire l'avenir ; Marseille, pour finir, où un quartier populaire au coeur de la grande ville peine à garder son authenticité et à conserver, là encore, ces solidarités de "village" que les nouveaux habitants viennent pourtant rechercher.

Marseille - Jacques Windenberger


Tous ces témoignages sont d'une grande force et nous font nous poser tant de questions sur ce qui a vraiment de l'intérêt, sur ce qui a vraiment du sens dans une vie. A la lecture de ces reportages, on peut se demander si ceux qui nous gouvernent connaissent vraiment la France. A moins que ce ne soient les médias qui ne vont pas suffisamment à la rencontre de ces français à qui ils prétendent parler chaque jour... Ce livre est une belle illustration du travail du journaliste !

Je vous invite vivement à découvrir ce livre d'une très grande richesse et à consulter le site du  collectif Argos.


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Une lecture réalisée dans le cadre de l'opération Masse Critique proposée par  Babelio (grand merci à eux et à la maison d'édition  Intervalles


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