jeudi 30 juin 2011

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery

9782070780938
"Je m'appelle Renée, j'ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j'ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l'image que l'on se fait des concierges qu'il ne viendrait à l'idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. Je m'appelle Paloma, j'ai douze ans, j'habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c'est le bocal à poissons, la vacuité et l'ineptie de l'existence adulte. Comment est-ce que je le sais? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C'est pour ça que j'ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. "
 

Ma lecture :   
 
Ce livre, qui faisait alors fureur dans les librairies, m'a été offert. J'avais donc eu du mal à l'époque à en délaisser la lecture. J'avais insisté, un peu, mais finalement déclaré forfait dès la 30 ou 40ème page. Ce qui m'a rebuté, c'est ce style littéraire tellement snob, tellement pompeux !!! Des phrases qui n'en finissent pas. Une succession de mots parfois inutilement compliqués. Devoir relire plusieurs fois la même phrase pour se souvenir du début lorsqu'on en arrive à la fin et pour en comprendre tout le sens, quelle fatigue !!! Ce livre semble pour l'auteur, le moyen de mettre en avant sa culture. Quand on dit que "moins on en a (de la culture), plus on l'étale" ... Je ne suis pas sûre que cela s'applique à Mme Barbery, mais très sincèrement, les descriptions sur le mouvement dans un match de rugby, sur la conception de la phénoménologie de Kant puis celle de Husserl, sur l'utilité de l'Art, sur la congruence des artistes ... Moi, je veux bien, mais l'accumulation devient vite indigeste.
 
Bon, néanmoins, dans le cadre de la lecture commune avec George et pour le challenge Petit Bac, je me suis dit que j'allais me le coltiner à nouveau. Et j'ai bien fait.
Passé les premiers chapitres, et une fois arrivé aux descriptions de Neptune, le chien des Badoise (à la 67ème page quand même), on commence à entrer dans l'histoire.On finit par être touchés par cette concierge peu ordinaire ainsi que par Paloma, petite fille riche qui se pose beaucoup de questions. On retrouve tout au long des chapitres, qui alternent les journaux intimes de nos deux héroïnes, les passages fastidieux qui m'avait fait abandonner une première fois. Sauf que l'on trouve également de beaux moments, des descriptions où l'humour n'est pas absent. Les personnages sont un peu caricaturaux, mais l'auteur parvient à nous les rendre attachants.On découvre une jolie histoire avec des personnages sensibles ou grotesques, c'est selon. La fin également : pour moi, elle ne pouvait être autre.
 
Si l'on s'en tenait cependant à l'histoire en elle-même, faisant l'économie des digressions philosophiques, où l'auteure doit s'en donner à cœur joie mais où la lectrice que je suis se lasse, on pourrait diminuer le livre de moitié. A peine peut-être, car certaines permettent quand même de créer une atmosphère. Enfin, je suis contente d'avoir découvert un peintre néerlandais du XVIIème siècle : Pieter Claesz.
 
pieter claesz1
Pieter Claesz, Nature morte avec huître.
 
 
Extraits :

"Quelle autre raison pourrai-je avoir d'écrire ceci, ce dérisoire journal d'une concierge vieillissante, si l'écriture ne tenait pas elle-même de l'art du fauchage ? Lorsque les lignes deviennent leurs propres démiurges, lorsque j'assiste, tel un miraculeux insu, à la naissance sur le papier de phrases qui échappent à ma volonté et, s'inscrivant malgré moi sur ma feuille, m'apprennent ce que je ne savais ni ne croyais vouloir, je jouis de cet accouchement sans douleur, de cette évidence non concertée, de suivre sans labeur ni certitude, avec le bonheur des étonnements sincères, une plume qui me guide et me porte. Alors, j'accède, dans la pleine évidence et texture de moi-même, à un oubli de moi qui confine à l'extase, je goûte la bienheureuse quiétude d'une conscience spectatrice." (L'élégance du hérisson - Muriel Barbery ; Ed. Gallimard - 2006 ; p.131).
 
"En dépit de la diversité des sujets, des supports et des techniques, en dépit de l'insignifiance et de l'éphémère d'existences toujours vouées à n'être que d'un seul temps et d'une seule culture, en dépit encore de l'unicité de tout regard, qui ne voit jamais que ce que sa constitution lui permet et souffre de la pauvreté de son individualité, le génie des grands peintres a percé jusqu'au cœur du mystère et a exhumé, sous diverses apparences, la même forme sublime que nous cherchons en toute production artistique." (L'élégance du hérisson - Muriel Barbery ; Ed. Gallimard - 2006 ; p.216-217).
 
"Mesdames. Mesdames, qui êtes un soir conviées à dîner par un riche et sympathique monsieur dans un restaurant luxueux, agissez en toute chose avec la même élégance. Vous surprend-on, vous agace-t-on, vous déconcerte-t-on, qu'il vous faut conserver le même raffinement dans l'impassibilité et, aux paroles surprenantes, réagir avec la distinction qui sied à te telles circonstances. Au lieu de ça, et parce que je suis une rustre qui engloutit ses sashimis comme elle le ferait de patates, je hoquette spasmodiquement et, sentant avec épouvante la miette d'éternité se coincer dans ma gorge, tend avec une distinction de gorille de la recracher céans." (L'élégance du hérisson - Muriel Barbery ; Ed. Gallimard - 2006 ; p.337). 


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