samedi 15 septembre 2018

Route 62 - Ivy Pochoda

Voilà, j'en termine avec les lectures reçues dans le cadre du groupe des explorateurs de la rentrée littéraire 2018. Et ce sera avec un petit pincement au cœur car cette expérience, qui fut une première pour moi, m'a permis de passer de bons moments, avec notamment ce dernier titre, Route 62, de Ivy Pochoda, auteure américaine qui a grandit à Brooklin et vit désormais à Los Angeles, théâtre de son récit. Mais le Los Angeles dont il est question ici, n'est pas celui des stars, du cinéma ni de la réussite. Ivy Pochoda nous conduit dans les pas de plusieurs personnages, en marge de la société pour la plupart, délinquants ou criminels, cherchant un but à leurs existences et espérant retrouver le droit chemin.

Route 62 - Ivy Pochoda.
Éditions Liana Levy, septembre 2018, 351 pages.

Présentation de l'éditeur :

Blond, athlétique et complétement nu, il court sur l’autoroute au milieu des embouteillages du matin à Los Angeles. Comme s’il n’attendait que ça pour s’arracher à un univers trop lisse, Tony, un avocat, quitte brutalement sa voiture pour le suivre. La poursuite de cet étrange coureur l’entraîne du côté sombre de la Cité des Anges, là où tous les déglingués de la vie semblent s’être donné rendez-vous. Britt, porteuse d’un lourd secret, et un temps réfugiée dans un ranch aux allures de secte en plein désert des Mojaves. Ren, ex-taulard et graffeur à la recherche de sa mère. Blake, dealer tourmenté qui veut venger la mort de Sam, son partenaire de galère… Parce qu’il s’est mis en danger, la carapace sociale de Tony se fissure, annulant la distance qui d’ordinaire le sépare des gens qui peuplent les rues crasseuses de Downtown. Et à travers son regard, qui pourrait être le nôtre, se déroulent les destins singuliers de ces personnages en rupture qui un jour, sans s’en rendre compte, ont emprunté la mauvaise route…


Ma lecture :

A la page 100, mon avis n'était pas encore réellement forgé. J'étais encore dans une phase d'observation, pas encore vraiment concernée par ces vies à la dérive et le destin de ces personnages que rien ne reliait, si ce n'est la géographie. J'imaginais que la route 62 pouvait être ce point d'union, mais à ce que j'ai pu voir sur internet, elle est plutôt située sur la côté Est des Etats-Unis… J'ai continué à découvrir l'histoire de ces nombreux personnages, plutôt déviants, marginaux, qui évoluent dans des univers emplis de violence, en espérant que la connexion se fasse rapidement.

Et très vite après cette 100ème page, j'ai commencé à ressentir de l'empathie pour les personnages, et ce malgré leur violence. Des liens commencent à apparaître entre les personnages et les époques et c'est le parcours de la misère et de l'exclusion qui se déroule sous nos yeux, avec pour point de chute, le quartier de Skid Row, royaume de la pauvreté en plein cœur de Los Angeles, à quelques pâtés de maisons des plus luxueuses demeures et autres lofts gigantesques. La plus grande déchéance, une quasi déshumanisation, en plein milieu d'une ville connue dans le monde entier pour sa réussite et ses stars.

Ce roman est celui d'hommes et de femmes anonymes, qui ont eu la malchance de naître au mauvais endroit, de n'être pas entourés et soutenus par des proches bien intentionnés, de ne pas répondre aux attentes de leur environnement social et familial… C'est l'histoire de personnes quelconques qui n'entrent pas totalement dans le cadre et qui aspirent à plus de liberté. A un moment, leur vie bascule : pour une mauvaise rencontre, une déception, un manque de courage face à un événement ou un instant de lâcheté… Ces hommes et ces femmes partent sur les routes, espérant retrouver le droit chemin et échapper à la spirale de la déchéance.

Ce qui m'a plu dans ce roman, c'est l'humanité des personnages : sur le fil du rasoir, se cherchant un avenir meilleur, ils gardent espoir et savent être touchés par autrui, par le malheur ou la misère des autres… C'est cette compassion au cœur de l'adversité qui m'a touchée. Aucun des personnages n'est un saint, tous finissent par être rattrapés par leurs démons, mais malgré tout, subsiste en eux cette part d'humanité qui les rend attachants, qui nous donne envie de poursuivre la route avec eux.

Cette vision de Los Angeles et du désert qui l'entoure semble terriblement juste, sans excès malgré des réalités brutales et miséreuses. La lumière persiste dans cet univers tellement sombre. Car parmi les tentes et les caddies autours desquels se réunissent les gens de la rue, parmi les cabanes et caravanes dans lesquelles se terrent ceux qui n'y sont pas encore, il y a de la place pour l'art et la culture. Infime, mais suffisante pour les sauver de la déshumanisation. Les solidarités résistent et donnent de l'espoir. Le regard porté par Ivy Pochoda sur cet univers qu'elle connaît bien pour s'y être investie, est plein de bienveillance et d'empathie, sans pour autant masquer la violence et la déchéance. J'ai beaucoup aimé ce récit, équilibré, pour l'univers qu'il décrit et les personnages que nous rencontrons.

J'ai découvert avec bonheur une auteure de l'Amérique contemporaine et urbaine, pleine d'attention pour ses personnages. J'aurai plaisir à lire son premier récit L’autre côté des docks (paru en 2013), unanimement salué par la critique et lauréat du Prix Page-America. Ce 4ème titre lu dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire 2018 est une nouvelle belle découverte.




   





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