samedi 26 mai 2018

Les derniers jours de Stefan Zweig - Laurent Seksik

Tout le monde connaît Stefan Zweig, écrivain autrichien de la fin du 19ème siècle, début 20ème. Auteur de 26 romans, 8 pièces de théâtre, 26 essais et biographies... dont je ne connais que Le joueur d'échecs et Le bouquiniste Mendel. J'avais vu une superbe représentation au théâtre du Joueur d'échecs il y a... 20 ans !!! Bref, pour cette quatrième lecture choisie pour le Comité de lecteur sur le thème de l'exil, j'ai découvert avec ce récit les derniers jours de la vie de Stefan Zweig. On connaît donc la fin de l'histoire : le suicide à Petrópolis (Brésil) de l'écrivain et de sa femme, Lotte, le 22 février 1942. Ce que l'on ne sait pas, c'est l'enchaînement des évènements et ce qui provoque la chute. Intéressant.

Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik.
Éditions Flammarion, 13 janvier 2010, 187 pages.


Présentation de l'éditeur :

Le 22 février 1942, exilé à Petrópolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte. Le geste désespéré du grand humaniste n'a cessé, depuis, de fasciner et d'émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d'une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres. Après la fuite d'Autriche, après l'Angleterre et les Etats-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d'avenir. Mais l'épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente - Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l'absolu.


Ma lecture :

Le récit commence avec l'arrivée de Stefan Zweig et de sa seconde femme, Lotte, au Brésil au cours de l'année 1941. Cette année là, cela fait déjà 8 ans que l'écrivain et biographe autrichien est en exil. Dès l'arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne, Zweig comprend la menace qui pèse sur l'Europe. Lui-même juif, il choisi de s'exiler en Angleterre. Il y travaille 2 années durant, sur des biographies essentiellement. Il s'éloigne de ses amis et de sa famille qui ne prennent pas au sérieux ses inquiétudes. Après sa rencontre et son mariage avec Lotte, sa secrétaire, sa présence en Angleterre devient plus compliquée. Un autrichien reste par nature un suspect, fut-il juif.

Il quitte l'Europe pour rejoindre le Brésil, où il finit par s'installer courant 1941. Dans son récit, Laurent Seksik nous fait vivre la chute de l'auteur célébré dans le monde entier... hors la Mitteleuropa qui a déjà brûlé tous ses livres. Au cours des 6 mois que le couple passe à Petrópolis, l'Europe s'enfonce dans l'horreur et les nouvelles venant d'Autriche sont terrifiantes. Stefan Zweig se laisse emporter par le désespoir et l'impuissance. Ne souhaitant pas prendre position et défendant sa neutralité, il ne répond pas aux sollicitations de ses proches qui l'invitent à écrire pour s'opposer et témoigner. Il porte sur ses épaules le poids de l'histoire et de son incapacité à se faire entendre, à se révolter et à combattre, comme l'ont fait beaucoup de ses amis et des intellectuels de l'époque.

On assiste à la chute de Stefan Zweig qui ne parvient pas à avancer dans ce contexte d'effondrement total. L'engagement des Etats-Unis est pour lui une mauvaise nouvelle, comme la chute de Singapour le 15 février 1942, qui sera l'élément précipitant l'auteur dans la mort. La lecture de ce récit m'a un peu agacée : le manque de réaction de l'écrivain, son attentisme, son apitoiement sur son sort... En fait, Stefan Zweig ne supportait d'être en vie, de danser, d'écrire, de voir chaque matin le soleil se lever sur le magnifique paysage du Brésil... alors que dans son pays, ses amis, sa famille vivent dans des conditions effroyables, en supposant qu'ils soient toujours en vie. Il ne supporte tout simplement plus de vivre. Lotte  espérait, en accompagnant son mari dans la mort, devenir l'épouse liée pour toujours au nom de Zweig et prendre ainsi une place qu'elle n'a jamais eu de leur vivant.

Il me semble que ce livre est une bonne occasion de rencontrer Stefan Zweig. Il offre une première approche de son travail et de son œuvre. Il est une rencontre avec l'homme, au moment le plus tragique de son existence et sans doute le plus révélateur. Mais si le récit m'a donné envie de lire Stefan Zweig, j'avoue avoir peu apprécié le personnage, sa veulerie, son apathie... Il faut pourtant garder à l'esprit qu'il s'agit d'une exofiction et que certaines rencontres n'ont jamais eu lieu. De même, la relation entre l'écrivain et Lotte et les derniers mois de leur vie commune ont été imaginées par l'auteur... se fondant néanmoins sur les courriers de Zweig. Je reste indécise sur ce récit, sans doute parce que l'on ne sait pas ce qui relève de la fiction et ce qui est la réalité. Et parce que Zweig est si passif... Finalement, certains membres du Comité de lecteurs préconisent de lire directement Stefan Zweig et son propre témoignage sur l'exil et les drames de l'Histoire, dans Le monde d'hier, souvenirs d'un européen. Je pense que je vais suivre ce conseil.

Miss Alfie a lu la bande dessinée tirée de ce texte... c'est peut-être une bonne idée. Les illustrations de Guillaume Sorel sont magnifiques. Vous pouvez également aller lire les avis sur ce récit de Laurent Seksik chez Anne, Mango ou Indira.



 





5 commentaires:

  1. Voilà, ça aussi ça m'embête ! Dans les livres qui racontent des faits réels, on ne sait jamais ce qui est vrai et ce qui sort de l'imagination de l'auteur !
    Merci pour ta participation à mon challenge et bon dimanche. J'ajoute ton lien.

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  2. Tiens, tiens. J'ai oublié de mettre ton lien.
    Je viens de le rajouter. Mille excuses.
    Bon dimanche à toi.

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  3. Réponses
    1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    2. Bah disons que le sujet m'intéressait, mais que l'attitude et la passivité de l'écrivain, Stefan Zweig, m'ont profondément agacée. J'aurais eu envie de la secouer un peu. Ensuite, le fait de savoir que c'était une exofiction, m'a rendue en effet plus circonspecte. Du coup, je préfère aller voir directement à la source, dans les écrits de Zweig lui-même, pour essayer de mieux comprendre son état d'esprit et ce qui le conduit à cet acte définitif.

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