vendredi 28 juillet 2017

Sous le ciel qui brûle - Hoai Huong Nguyen

Après la découverte il y a trois ans du premier roman de Hoai Huong Nguyen, L'ombre douce, j'ai bondi sur ce nouveau titre. Je ne pensais pas que ma lecture de L'ombre douce datait autant : elle m'a marquée et je l'ai encore en tête plus de trois ans après. Comme dans son premier récit, l'auteure nous emmène ici au Vietnam. L'histoire se déroule sur plusieurs années, de la guerre d'Indochine à la division du pays entre le Nord et le Sud puis à l'invasion du Sud par le Nord communiste au milieu des années 1970. Mais la guerre et l'histoire du pays restent en toile de fond, comme un révélateur de la vie de Tuân, le héros solitaire de ce récit. Une plume toujours aussi sensible, poétique, qui confirme le talent de Hoai Huong Nguyen.

Sous le ciel qui brûle de Hoai Huong  Nguyen.
Éditions Viviane Hamy, Avril 2017, 173 pages.


Présentation de l'éditeur :

« La veille du nouvel an 1954, l’oncle Chinh avait annoncé à sa femme sa décision de rejoindre l’armée populaire. Elle devait se réjouir d’entrer dans le camp de la Révolution – c’était l’éducation qu’il voulait pour son fils et sa fille : qu’ils se battent pour leur pays. Il était leur père, et rien ne lui interdisait de les emmener avec lui – il n’y avait nulle échappatoire.
Le jour de leur départ, dans un mouvement de désespoir, Tuân avait crié en français :
— Vous êtes un monstre, laissez-moi au moins dire au revoir à ma cousine. Son oncle le considéra de son regard glacé et lui répondit en vietnamien :
— Mày là thằng việt gian. (Tu n’es qu’un traître à la patrie. Et il ajouta :) À cause de tes paroles, je la donnerai à un homme qui n’a pas été pourri par l’Occident, même si ce doit être un illettré.
 »

Si le choix de la langue des colonisateurs fait de Tuân un « traître », il signe également son destin : son amour du français et de la poésie de Gérard de Nerval sera son refuge au cœur des atrocités qu’il va vivre dans un Vietnam exsangue, déchiré par la guerre et la partition. Ce roman est une navigation enchantée entre les verts paradis des amours enfantines et un présent douloureux, qui convoque les parfums les plus subtils de l’Orient et compose une ode bouleversante à la puissance vitale des mots.


Ma lecture :

Quel plaisir de retrouver Hoai Huong Nguyen ! Pour son talent de poète d'abord, sa plume évocatrice qui sait faire naître avec beaucoup de subtilité des sentiments et des émotions chez son lecteur. L'auteur nous propose ici un aller-retour entre le passé et le présent, entre le Vietnam et la France, entre l'enfance innocente et l'âge adulte empli de regrets et de nostalgie. Ces va et vient se font à la mesure de la langue française et plus particulièrement de la découverte de la littérature et de la poésie française. Le rythme des mots est plutôt lent, nous invitant à découvrir ces deux univers tellement différents.

Dans ce récit, ce sont deux cultures qui s'affrontent, entre le Vietnam du Nord qui porte des rêves d'autonomie, de révolte et d'un communisme engagé, violent... et le Vietnam du Sud qui entretient sa culture francophone, sa douceur de vivre, qui soutient la Culture et ses universités... Le jeune Tuân grandit au sud mais est marqué depuis sa plus tendre enfance par les disparitions et les morts, celles de ses parents d'abord, de sa cousine puis de son grand-père, de ses amis... Si la guerre n'est jamais au premier plan, elle se matérialise par ses disparitions successives qui isoleront progressivement le jeune homme finiront par lui faire quitter ce pays tant aimé mais qui l'a aussi tant fait souffrir.

J'ai retrouvé dans ce texte le talent de l'auteur, la poésie de sa plume, la douceur qui se dégage de ces pages, son attention à décrire la nature, la bienveillance qu'elle a pour ses personnages. J'aime ce fond historique qui transparaît au cours du récit. Sans être le motif prioritaire de l'histoire, il est indispensable à sa compréhension. Peut-être le volet historique n'était-il pas suffisamment présent dans ce nouveau livre. En effet, j'ai été moins happée par ce texte que par L'ombre douce où la violence historique apporte une densité appréciée à la poésie et à la douceur de l'écriture. J'ai sans doute trouvé ce nouveau roman un peu trop doux et tendre, pas assez rythmé, parfois trop déprimant par toutes ces disparitions et trop peu porteur d'espoir. Je reste néanmoins séduite par cette auteure talentueuse et sa prose envoûtante, et je ne tarderai pas à me plonger dans la lecture du recueil de nouvelles et de poèmes de Gérard de Nerval, Les filles du feu, dont je viens de faire l'acquisition, convaincue par Hoai Huong Nguyen.

"D'un geste de la main, il effleura une branche de hêtre et il en sentit la douceur dans la pureté de l'air. Il était toujours ébloui par cette énergie secrète, cette vigueur indicible et ardente. Les brindilles luisaient à la manière d'une laque ornée de nacre ; leur couleur délicate fit venir à son esprit la maison de son grand-père. C'était il y a si longtemps qu'il n'en gardait qu'une image incertaine, un rêve infusé dans les eaux noires de l'oubli. Pourtant, à mesure que refluaient ses souvenirs, le passé renaissait en lui aussi clair que le jour." (Sous le ciel qui brûle, Hoai Huong Nguyen, Ed. Viviane Hamy, page 12)

Une auteure et une écriture à découvrir impérativement.

Je vous invite à lire les avis également enthousiastes de Anne sur Des mots et des notes, de A vos livres ou bien Sur la route de Jostein. Anne vous propose également un entretien avec l'auteur sur son blog Des mots et des notes.


Forêt de Chantilly - lieu d'inspiration et de poésie pour Tuân et G. de Nerval


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