vendredi 29 janvier 2016

Facteur pour femmes - Quella-Guyot - Morice

Comment passer à côté de cette superbe couverture mettant en scène des femmes bretonnes ?! Comme je choisi souvent mes livres à la couverture, c'est le dessin qui me fait acheter une bande dessinée. Et celui de Sébastien Morice me plaît beaucoup : les couleurs chaudes, ce bleu estival, cette femme toute en rondeur avec un regard plein d'attente et d'espoir, naïf aussi... Cette couverture est un véritable tableau. Et moi, quand on me perle de la Bretagne, des bretonnes, et qu'on en fait un tableau si séduisant, je fonce.

Facteur pour femmes de Didier Quelle-Guyot et Sébastien Morice.
Éditions Grand Angle, 9 septembre 2015. 120 pages.


Présentation de l'éditeur :

1914. Sur une île bretonne, tous les hommes sont mobilisés, sauf Maël : un rêve au milieu des femmes esseulées...

La Première Guerre mondiale vide une petite île bretonne de ses hommes. Il ne reste plus que les enfants, les vieux et les femmes. Parce qu’il a un pied-bot, Maël n’est pas mobilisé. Il devient le seul homme, jeune et vigoureux, de l’île… bientôt facteur, bientôt amant…


Ma lecture :
 
J'ai été séduite par la couverture, ainsi que le titre de l'album, et je n'ai pas été déçue de ma lecture.
Cette BD est une belle réussite.

Pour le dessin bien sûr, confirmé au fil des pages. Les couleurs chaudes, bleues et rouges, parfois plus ternes dans des tons de vert, mettent de la chaleur dans ces pages. Les femmes sont mises en valeur par le dessin attendri de Sébastien Morice. La Bretagne aussi, est ici magnifiquement dépeinte. Dépeinte est vraiment le terme puisque certaines vignettes pourraient faire l'objet de véritables tableaux, certains parlent de cartes postales : et ils ont raison, on se croirait transporté à Pont-Aven ! Mais cet album n'est pas non plus qu'un exercice pictural, le rythme donné à l'enchaînement des vignettes donne une vive allure au récit.



L'histoire quant à elle, est très touchante, originale et brutale à la fois. On a souvent dit la place que les femmes ont prise pendant les guerres, remplaçant comme ici les hommes à la tâche et prenant toute la place au sein du foyer, des villages. C'est ce que montre ce récit : des femmes, isolées sur une petite île bretonne, qui doivent continuer à vivre, sans leurs hommes, mais aussi sans les bêtes de somme, parties elles aussi à la guerre. Si elles se révèlent dures à la tâche, elles souffrent aussi de l'absence. Comme le dit Gaud, cette femme plantureuse et terriblement vivante, les hommes manquent aux champs, mais également dans les lits.

C'est alors qu'apparaît un Maël solitaire, isolé par ses pairs en raison de son infirmité, mais également très jeune et désireux de découvrir l'amour, et qui saisira bien vite l'opportunité qui lui est offerte. Manipulateur, ce tout nouveau facteur se fera en défi de posséder les femmes de son île : pas toutes, seulement celles qui sont suffisamment isolées pour ne pas risquer de trop parler aux autres, sans enfants, parce que les enfants ce n'est guère discret. Si Maël est attachant au début du récit, il finit rapidement par mettre son lecteur mal à l'aise, mentant et arrangeant la vérité à sa sauce, cachant des courriers du front, en réécrivant d'autres... le tout pour faire plier les femmes qu'il convoite.

 




Dans ce récit, ambigu parfois, tant du point de Maël que du côté des femmes, on ne s'ennuie jamais. Le récit comporte également de nombreux éléments narratifs qui présente la grande Histoire en parallèle, nous rappelle ce qui vivent ces bretons du bout du monde envoyés au front pour défendre la cause d'une France dont ils ne parlent même pas la langue. Les nombreux ingrédients de cet album le rendent très riche, et le dénouement, auquel je ne m'attendais absolument pas, finit de convaincre.

Bref, cet album est une belle découverte, que je vous conseille vivement. Si vous avez besoin d'autres avis, allez voir chez Jérôme, Sylire, A propos de livres et bien d'autres encore.




        





2 commentaires:

  1. Il est à la bibliothèque, je vais me laisser séduire aussi par ce magnifique dessin.

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