dimanche 4 janvier 2015

Peine perdue - Olivier Adam

Olivier Adam, je ne connaissais pas. Enfin, je n'avais jamais lu de texte de lui. Je l'ai fui... comme je fuis la plupart du temps les auteurs à succès, que l'on voit partout et tout le temps, encore plus d'ailleurs quand ils prennent la pose en se la jouant "top modèle". En fait, je connaissais un peu cet auteur, sans le savoir d'ailleurs, puisque j'avais vu et adoré "Je vais bien, ne t'en fais pas" lors de sa sortie au cinéma. Et puis, il y a quelques temps, j'ai lu quelques articles sur "Les lisières", en me disant que cela pourrait m'intéresser, que le sujet était tentant... Mais j'en suis restée là. Jusqu'au Match de la rentrée littéraire proposé comme chaque année par PriceMinisterPeine perdue faisait partie de la sélection. Un roman chorale dans lequel 22 hommes et femmes viennent raconter une partie d'une même histoire.

Présentation de l'éditeur : 

Les touristes ont déserté les lieux, la ville est calme, les plages à l'abandon. Pourtant, en quelques jours, deux événements vont secouer cette station balnéaire de la Côte d'Azur: la sauvage agression d'Antoine, jeune homme instable et gloire locale du football amateur, qu'on a laissé pour mort devant l'hôpital, et une tempête inattendue qui ravage le littoral, provoquant une étrange série de noyades et de disparitions.
Familles des victimes, personnel hospitalier, retraités en villégiature, barmaids, saisonniers, petits mafieux, ils sont vingt-deux personnages à se succéder dans une ronde étourdissante. Vingt-deux hommes et femmes aux prises avec leur propre histoire, emportés par les drames qui agitent la côte.
Avec Peine perdue, Olivier Adam signe un livre d'une densité romanesque inédite, aux allures de roman noir, et dresse le portrait d'une communauté désemparée, reflet d'un pays en crise.

Ma lecture :

Si j'ai mis le temps avant de lire Olivier Adam, les débuts ont été quelques peu chaotiques... Les deux premiers chapitres, ceux concernant Antoine et Marion, m'ont en effet découragée : j'ai trouvé le style vulgaire, trivial, violent parfois. Comme si parler de la vie de gens ordinaires nécessitait l'emploi d'un langage populaire et grossier. J'ai trouvé cela méprisant et stigmatisant. Bourré de clichés, comme si les footeux n'étaient qu'un ramassis d'imbéciles, traînant leur vie entre le stade et leur télévision, une bière à la main (et je suis très loin d'être une amatrice du genre). J'avoue que cette impression ne s'est pas totalement estompée au long du livre, même si les pages qui ont suivi m'ont largement fait réviser mon jugement.

Dans le troisième chapitre, nous rencontrons Paul et Hélène, deux petits vieux qui viennent se retrouver dans cette station balnéaire du sud de la France où ils ont de merveilleux souvenirs. Merveilleux et douloureux à la fois car c'est aussi l'image d'un temps qui est définitivement derrière eux et qu'ils ne retrouveront jamais, celui où leurs enfants n'étaient pas encore des adultes, où ils partageaient des joies et des jeux. Ce chapitre m'a séduite, je l'ai trouvé très fort, dur, doux et touchant à la fois. Et je n'ai jamais été déçue par la suite.

Calanque du Petit Canereit - Massif de l'Esterel


Ce roman, très fort, est celui de la vie de "petites gens", de gens ordinaires qui doivent faire face aux difficultés du quotidien. C'est l'histoire de ceux que l'on ne voit pas, dans ces stations balnéaires ou ailleurs, ceux grâce à qui les vacances de certains ressemblent au paradis. C'est l'histoire de ceux qui triment au quotidien et qui restent entre eux une fois la saison terminée. De façon générale, ce roman est celui des classes populaires, qui tentent de donner un avenir ensoleillé à leurs enfants, malgré la crise et les rêves qui s'envolent. C'est aussi le récit de ces jeunes adultes qui peinent à sortir de l'adolescence, qui n'ont pas les bagages pour se construire un avenir solide. Ils étaient dans des familles aimantes le plus souvent, mais des familles qui n'étaient pas trop regardantes, pensant peut-être que la maturité irait de soi. Ces jeunes ont pris du bon temps, ont profité du soleil et de la mer. Mais aujourd'hui, à l'heure des premiers bilans, du passage à la quarantaine pour certains, quand ces jeunes se retournent, c'est leurs rêves et leurs espoirs qu'ils voient derrière eux. Les chances qu'ils ont laissées passer. Leurs questions sont celles que chacun se posera un jour ou l'autre : qu'ai-je fait de ma vie, qui suis-je aujourd'hui, que restera-t-il de mon passage sur cette terre, quels sont mes regrets, mes fiertés... C'est un livre amer m'a-t-il semblé, sombre parfois. Celui de gens ordinaires qui réalisent qu'ils ne seront jamais le Zidane qu'ils espéraient être un jour, qu'ils ne seront pas la Nouvelle Star qu'ils ont tenté de devenir, qu'ils ont laissé partir celle qu'ils aimaient plus que tout...

Stade de la Beaujoire - Nantes


Mais ce texte n'est pas que cette somme de regrets. C'est un aussi un roman à suspens où des gens disparaissent ou se font agresser, où des secrets sont bien gardés, où des gens passent remplis de leur peine, de leur douleur et du poids de leur souffrance. Antoine est agressé, Léa disparaît, Javier et Rayan également. Une terrible tempête ravage la côte et la mer recrache des corps, morts ou vifs, une arme dont on se demande comment elle est arrivée là... Il faudra attendre les deux derniers chapitres pour en savoir plus. Les révélations sont ramassées en peu de pages et sont très pesantes. Elles donnent à penser et j'aurais aimé avoir quelques pages de plus pour en assimiler toutes les implications. C'est un récit difficile, non pas par l'écriture qui est fluide, même s'il n'est pas toujours évident de se rappeler de chaque acteur, mais par le thème abordé et la façon dont il est traité. Cette souffrance, les regrets, l'amertume... sont presque étouffants.

Massif de l'Esterel


Enfin, de façon plus anecdotique, mais qui a son importance également, j'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteur nous parle du football. De cette rencontre entre une équipe professionnelle et l'équipe amateur d'Antoine, de Tony, de Yannis, de Cédric ou de Gaël, lors d'un match de quart de finale de Coupe de France. Peut-être, sans doute, est-ce parce que Olivier Adam nous parle de Nantes et de la Beaujoire, du jeu à la nantaise à une touche de balle, de l'esprit du jeu, du panache... Sans doute est-ce aussi la raison pour laquelle j'ai beaucoup aimé la description que fait l'auteur des paysages, de la mer, de la Côte d'Azur et de la Bretagne, de l'Atlantique et de la Méditerranée... L'environnement de ce roman me parlait directement, et ça j'ai vraiment aimé, cette impression que l'auteur regardait le même monde que moi, avec les mêmes yeux que les miens. Je n'ai pas souvenir que cela me soit arrivé aussi précisément que dans ce texte, et cela me donne très envie d'aller lire Les lisières ou Des vents contraires.

Peine perdue est un beau roman, sombre et nostalgique, douloureux et amer, dont le suspens m'a fait me relever en pleine nuit pour finir les derniers chapitres. Une belle surprise !


Peine perdue de Olivier Adam. Les Éditions Fammarion, août 2014. 414 pages.

Allez voir les avis de KolFranca, Esperluette, Delphine, Hélène, Marc ou encore Manoulivre.


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Il s'agit donc d'une lecture suggérée par PriceMinister dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire, et de ma 14ème lecture de cette rentrée littéraire 2014.

http://delivrer-des-livres.fr/challenge-1-2014-les-lectures-participants/http://www.priceminister.com/blog/les-matchs-de-la-rentree-litteraire-2014-12124




3 commentaires:

  1. Olivier ADAM est un de mes auteurs français chouchous malgré l'aspect vaguement dépressif/déprimant de ses romans ! Celui-là, lu à Barcelone, m'a fait l'effet d'un "renouveau", je l'ai trouvé meilleur que le précédent qui tournait plus en rond..

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  2. Un texte nostalgique qui pourrait bien me plaire. J'aime l'univers d'Oliver Adam.

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  3. Il y a longtemps que je n'ai pas lu Olivier Adam. Pourquoi pas celui-ci.

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