lundi 28 janvier 2013

Le fils de Jean-Jacques... - Isabelle Marsay

Auteur : Isabelle Marsay
Titre : Le fils de Jean-Jacques
ou la faute à Rousseau

Broché : 222 pages
Editeur : Ginkgo
Collection : Lettres d'ailleurs
Sortie 22 mars 2012

Une belle découverte

Présentation de l'éditeur :

Novembre 1746. Une sage-femme dépose à l'hospice des Enfants-Trouvés un nouveau-né âgé de deux jours. Il est le fils d'un certain Jean-Jacques qui s'apprête à conquérir Paris.
L'abandon d'enfant est, à cette époque, une pratique relativement courante et ledit Jean-Jacques abandonnera successivement quatre autres nourrissons. Pourtant, son fils aîné, Baptiste, restera sa mauvaise conscience. Au soir de sa vie, il tentera en vain d'en retrouver la trace grâce à une carte à jouer déposée dans ses langes...
En imaginant la vie du seul enfant que Rousseau aurait pu retrouver, Isabelle Marsay croise les destins du père et du fils, donnant à voir le quotidien d'une époque paradoxale : siècle des Lumières, ultimes heures de la féodalité, décor naturel d'une histoire presque authentique : celle d'un homme qui abandonne ses enfants puis écrit des traités d'éducation qui feront date jusqu'à nos jours.

Interrogeant la conscience et les contradictions de Rousseau, dont la faute sera révélée au grand jour par Voltaire, Isabelle Marsay nous offre un roman surprenant, avec des personnages hauts en couleurs, de l'amour, de la haine, de la cupidité et de la générosité, sous-tendu par cette question : comment le pédagogue de L'Émile a-t-il pu abandonner cinq enfants ? Faut-il condamner notre philosophe, le plaindre ou s'abstenir de le juger ?

Ma lecture :

Pour être honnête, je suis un peu venue à ce titre par dépit. N'étant plus très assidue au challenge que je vous ai proposé en l'honneur du tricentenaire de la naissance de Rousseau :  300 ans, Jean-Jacques Rousseau, j'ai ici trouvé un biais pour vous parler de l'auteur sans le lire... J'aurai pu m'en passer, mais l'assiduité de Bina sur ce challenge m'invite à rester à la hauteur.
Je me suis donc lancée dans cette lecture suggérée par Opaline notamment et qui figure dans ma liste  Wanted. Et ce fut une sublime découverte !!!!
Dans ce livre, Isabelle Marsay met en perspective les textes de Jean-Jacques Rousseau avec la vie imaginée de Baptiste, le fils aîné du célèbre auteur de l'Emile, abandonné aux Enfants-Trouvés au cours de l'hiver 1746. Cette alternance avec les textes de Rousseau permet de garder à l'esprit la vie qui fut la sienne, son état d'esprit et sa philosophie.

La vie de Baptiste telle que l'a imaginée Isabelle Marsay entre en parfaite résonnance avec la pensée de Jean-Jacques Rousseau : on peut d'ailleurs supposer que si cet enfant avait été élevé par son père, il aurait développé la même sensibilité à la nature et aux êtres. Pourtant, son sort aurait été tout autre.
Dès les premières pages, on perçoit l'issue de cette histoire. Dès le début on comprend la douleur de ses vies abandonnées au sort le plus misérable. Si Baptiste échappe à la mort, on sait que toute sa vie il restera un Enfant-Trouvé. On espère pour lui un Bonheur entier, mais on ressent, au fond de soi, que ce ne serait pas la vie, la vraie, si cette origine n'avait aucune conséquence. On sent que le mauvais sort finira par le rattraper. Que la vie, la vraie, n'est pas un conte de fées.

Malgré tout, cette histoire est magnifique. L'écriture d'Isabelle Marsay y est pour beaucoup. Le texte est tout simplement admirable : la langue est précise, très riche, pleine de douceur et de violence à la fois. Les textes de Rousseau, positionnés à chaque début de chapitre, viennent rappeler le contexte du roman. Ils créent un malaise et permettent de rendre perceptible les regrets, le remords du philosophe. Ces abandons (parce que Jean-Jacques Rousseau aura ainsi abandonné ses cinq enfants, contre la volonté de sa compagne) n'ont cessé de hanter l'auteur. Peut-être encore plus pour l'aîné, qu'il était le seul à éventuellement pouvoir retrouver un jour.

Ce roman décrit avec force détails une réalité de cette seconde partie du XVIIIème siècle, celle des Enfants-Trouvés. Une réalité très douloureuse comme en témoigne le tableau ci-dessous. Il s'agit d'un roman historiquement très précis et très documenté. Il dessine avec beaucoup de réalisme la bonté de ces religieux qui accueillent les enfants, celle du curé de campagne qui veille sur ces ouailles, de ce médecin de campagne soucieux de la santé des plus humbles. Les personnages de Roland et de Jeanne sont magnifiques. Mais le roman rend également terriblement vivante la misère, la noirceur, celle du temps, de la terre, des âmes et des consciences, cette âpreté du quotidien, cette urgence qui peut rendre tout un chacun violent, rustre, négligeant et intéressé. Les conditions de vie dans ces hospices des enfants-trouvés, de ces pauvres nourrissons trop nombreux pour le nombre de nourrices disponibles. Le tableau dépeint par Isabelle Marsay contraste d'ailleurs avec cette quête du bonheur poursuivie par Jean-Jacques Rousseau. Deux mondes qui s'ignorent totalement.

Le dernier baiser d'une mère, Charles MARCHAL, 1858

Un très beau récit qui permet de découvrir une facette de la vie et de la pensée de Jean-Jacques Rousseau tout en percevant son état d'esprit perturbé et blessé. Un très beau livre qui me donne envie de retrouver Isabelle Marsay dans d'autres lectures.

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Une lecture que j'inscris donc pour ce mois de janvier du  challenge 300 ans - Jean-Jacques Rousseau et qui me permet d'honorer de belle façon le challenge de  Opaline - La plume au féminin.

  
  



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